• Est-ce la fin du capitalisme ?

     par Pierre MARSAL

     

    Il y a à peine plus d’un siècle, en 1919, Paul Valéry affirmait « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Plus que jamais ce constat nous revient en mémoire. Sommes-nous en fin de cycle historique ?

    Le moment du capitalisme qui domine la planète – libéral dans les pays démocratiques, monopoliste d’Etat dans les pays centralisateurs comme le fut l’URSS et comme le demeure la Chine – ce capitalisme est-il en bout de course ?

    Après tout ce système n’occupe qu’une toute petite période dans l’histoire de l’humanité, à peine trois siècles. C’est assez dérisoire si l’on compare cette forme de civilisation à d’autres qui nous précédèrent (la plus emblématique étant la civilisation égyptienne antique).

    Il n’est pas facile de répondre à ce questionnement : toutes les civilisations qui nous ont précédés ont souvent subi des chocs brutaux qui ont infléchi leur cours, sans nécessairement remettre en cause leurs fondements. Ainsi distingue-t-on une dizaine de périodes dans la longue histoire multiséculaire de l’Egypte antique. Périodes mais pas anéantissement.

    Qu’adviendra-t-il notre monde capitaliste ? Mutation ? Rupture ? Disparition ? Et pour laisser place à quoi ?

     

    En tout cas aujourd’hui chacun est convaincu que l’après Covid-19 ne ressemblera pas à l’avant. Avec cette épidémie nous entrons dans un nouveau monde, un nouveau siècle : en 2020 nous entrons enfin dans le XXIème siècle. Tout comme l’Europe qui dominait le Monde est entrée dans le XIXème en 1815, comme le Monde est entré dans le XXème en 1918 : l’Histoire a toujours vingt ans de retard sur le calendrier. Observons que ces ruptures, ces mutations (je préfère ce terme) brutales, ne se font pas naturellement, même si les sociétés portent en elles-mêmes les germes de ces changements. Elles sont révélées par des guerres : guerres entre humains dans le passé proche, guerres contre des agresseurs biologiques aujourd’hui. Ce n’est pas un phénomène nouveau : les raisons de l’effondrement des brillantes civilisations méso et sud-américaines – les Mayas par exemple – sont sans doute multifactorielles, mais de toute évidence l’introduction d’agents pathogènes par les envahisseurs européens y a tenu un rôle important.

     

    Pour décrypter cette situation il nous faudrait un nouveau Karl Polanyi, qui, avec la publication de son œuvre magistrale « La Grande Transformation » en 1944, montrait comment est mort le libéralisme économique. Ce système était une construction humaine fondée sur quatre piliers (l’équilibre entre les grandes Puissances, l’étalon-or international, le marché supposé autorégulateur et l’Etat libéral). Le tout contrôlé par un puissant ressort social, la Haute Finance. Ce système a transformé en « marchandises fictives » terre, travail et monnaie et conduit à ne considérer les événements sociaux que sous le seul angle économique. D’où la misère des paysans chassés par le système des enclosures, devenus ouvriers et à leur tour continument exploités. Ce système est mort, l’économie est resocialisée dans un monde globalisé où le néolibéralisme est à son tour en crise.

     

    Cette crise est-elle l’amorce d’un nouveau mode de gouvernance ? Le capitalisme est-il mort ? La bête à la peau dure. Que de fois a-t-on annoncé sa disparition pour le voir réapparaître. On a analysé les évolutions du néolibéralisme (ordolibéralisme de conception allemande), « le nouvel esprit du capitalisme » (Luc Boltanski et Eve Chiapello, 1999), les transformations du capitalisme (capitalisme cognitif : André Gorz, 2003 ;Yann Moulier Boutang, 2007), etc.

    D’autres ont proposé des changements plus radicaux. Pour se limiter à quelques économistes français contemporains, on peut citer Jacques Généreux (pour sortir de la « dissociété » dans laquelle nous vivons, il faut faire décroître la consommation de biens matériels et croître celle de biens relationnels comme l'éducation, la santé, la communication, la culture), Jean-Marie Harribey (on doit « définir un développement radicalement différent de celui qui postule que le bien-être est assimilé à ou apporté par la seule richesse marchande »), Serge Latouche (la notion de développement durable est une antinomie, il faut faire le pari de la décroissance). On aurait garde d'oublier René Passet, pionnier en la matière, lorsque, il y a déjà près d'un demi- siècle, il reprochait à la logique marchande qui domine l'économie contemporaine de réduire les besoins humains à l'expression de la demande solvable (« mieux-être se ramène à plus avoir »). Enfin, les collapsologistes (Yves Cochet, Pablo Servigne) nous promettent la fin d’un monde.

     

    De quoi demain sera-t-il fait ? Nul ne le sait. Mais il ne sera pas la continuation d’hier. Avec ou sans le capitalisme ?

     

    « Etienne Klein et la crise du CoronavirusInfirmières versus traders... »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 7 Mai à 19:21

    On peut donner deux définitions complémentaires du capitalisme :

    -          c’'est un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d'’échange, sur la liberté du marché et sur le salariat 

    -          c'’est un système économique qui sert, avec de la richesse, à produire davantage de richesse

    Ceux qui possèdent une entreprise (les actionnaires) font travailler – sur la base d’un contrat volontaire et en échange d'’un salaire - ceux qui ne la possèdent pas (les travailleurs salariés). Les travailleurs produisent davantage de valeur qu'ils n’en reçoivent, et la plus-value générée est partagée entre les actionnaires (dividendes) et la collectivité (impôts).

    Ce qui est propre au capitalisme, ce n'’est pas la production de plus-value, mais son appropriation par ceux qui possèdent les moyens de production. Ceci n’empêche pas les patrons de travailler, ni les salariés d’être actionnaires. Mais l’'opposition entre capital et travail est ce qui caractérise le capitalisme.

    La question de fond, c'est que la deuxième définition implique que « l’'argent va à l'’argent », c'est-à-dire non pas à ceux qui en ont le plus besoin (les pauvres), mais d'’abord à ceux qui en ont le plus. Elle implique aussi que l’'argent doit « travailler », et distingue donc le riche (qui ne crée pas forcément de richesse) du capitaliste (qui prend des risques en investissant).

    Il ne faut donc pas en déduire que le capitalisme est délétère en soi, et qu'il faut par conséquent le remplacer par un autre système (lequel d'ailleurs ?), mais qu'il faudrait plutôt le réorienter vers sa fonction initiale de financement des entreprises. En effet, ce qui l'a dévoyé, c'est sa dérive progressive vers un capitalisme financier qui a transformé la Bourse en casino mondial où la spéculation va bon train. Je n'ai plus les chiffres exacts en tête, mais j'ai retenu que la proportion des transactions boursières orientée vers les entreprises ne représentait plus que quelques % du volume total.

    Mais tu as raison, la bête a la peau dure, et ce que je crains le plus c'est le retour feutré à une situation proche de celle d'aujourd'hui, le "business as usual".

    Voir le sujet traité en 2004 au Café-Débat à partir du livre de André Comte Sponville : "Le capitalisme est-il moral ?"

    2
    Pierre M.
    Jeudi 7 Mai à 23:43

    Je suis d’accord avec l’essentiel des propos de Jean-Jacques.

    Mais j’ai beaucoup moins de certitudes que lui. L’économie de marché, le système capitaliste, ne sont pas des entités naturelles, ce sont des constructions humaines. Et comme toutes les constructions humaines elles sont par nature fragiles et évanescentes.

     

    Même si l’économie est une science – une science humaine et sociale n’en déplaise à certains – l’idée qu’il existe des lois économiques comme la loi de l’offre et de la demande, à l’instar des lois physiques – universelles et permanentes -- comme celle de la gravitation, cette idée date d’une époque où l’on voyait le monde comme un grand mécanisme réglé comme une horloge. Depuis Quesnay jusqu'à Marx en passant par Adam Smith, on s’évertuait à trouver des régularités structurelles dans l’organisation des hommes et des sociétés. On recherchait Dieu ou l’Homme dans l’unité et la permanence de l’Univers.

    Aujourd’hui le doute existe. Ainsi l’économiste Kenneth Arrow, « Nobel d’économie » en 1972, se demandait-il « si l’économique est un sujet comme la physique, vrai pour tous les temps, ou est-ce que ses lois sont historiquement conditionnées ? ». Si les conditions changent pourquoi les « lois » ne changeraient-elles pas ? Pourquoi le système qu’elles engendrent ne se dissoudrait-il pas ? Je n’ai évidemment pas la réponse.

     

    Je profite de cette réponse pour allonger un peu mes références – évidemment non exhaustives – aux critiques du système ou aux propositions de changement de cap, en citant un ouvrage tout nouveau.

    Il s’agit de « Défaire le capitalisme. Refaire la démocratie. Les enjeux du délibéralisme », œuvre de deux universitaires, Eric Dacheux et Daniel Goujon (Eres édit., 360 p., avril 2020). Ils proposent «  une transition vers une société post-capitaliste plus démocratique et plus écologique ». Encore des utopistes ? L’avenir le dira.

     

    3
    Vendredi 8 Mai à 22:53

    Pour moi le "capitalisme monopolistique d'état" est un oxymore. En fait, le capitalisme suppose la liberté d'entreprendre, ce que répriment les régimes communistes. La Chine est un drôle de pays, avec des "capitalistes" et un parti communiste à la botte du chef (comme d'ailleurs étaient les nazis, avec en plus leur folie antisémite). Le "capitalisme monopolistique d'état" est un nom "soft" pour  la dictature.

    4
    Pierre M.
    Samedi 9 Mai à 00:04

    Pour toi c’est peut-être un oxymore.

    Pour les économistes c’est un concept effectif. Il a d’abord été développé par Lénine pour d’écrire une phase d’évolution du capitalisme, en France par un économiste Paul Boccara. Elle était appliquée au système capitaliste mais pas au système soviétique. Pourtant celui-ci avait toutes les caractéristiques d’un capitalisme d’Etat centralisé (Lénine ne disait-il pas « le communisme c’est les Soviets plus l’électricité »). Si le système chinois n’est pas du capitalisme d’Etat, moi je suis un moine bouddhiste !

    Si chacun invente son propre langage, ses propres définitions où va-t-on.

    Et si je disais qu’une particule virtuelle n’est rien qu’un oxymore, que me dirait un physicien ?

      • Samedi 9 Mai à 23:23

        Très bien Pierre. Mais quand on parle de capitalisme, on ne pense certainement pas au communisme! Le capitalisme n'est pas seulement le fait  de produire de l'électricité ou autre chose, sans préciser comment on procède; c'est, je l'ai dit, un système qui privilégie la libre entreprise, et la Bourse. Or, quand l'Etat possède tous les leviers de production (capitalisme d'Etat par définition), ce n'est plus du capitalisme, c'est du communisme!.

        Je ne crois pas qu'il y ait une alternative au capitalisme. Par contre, je crois qu'il doit obéir à des règles strictes, ce qu'on a appellé le capitalisme Rhénan. Il faudra sûrement revenir sur toutes les "dérégulations" chères à Reagan, Thatcher, W. Bush et Trump. Cette épidémie du Covid est une excellente occasion d'affirmer le rôle de l'Etat, mais je ne pense pas que nous reviendrions à un capitalisme d'état, qui, je l'ai dit, suppose une dictature.

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    5
    Pierre M.
    Dimanche 10 Mai à 17:56

    On ne s’en sortira jamais si chacun propose sa propre définition du capitalisme.

    Il importe donc de s’entendre sur les concepts.

    Car il n’y a pas qu’une forme de capitalisme : la meilleure preuve est qu’on lui accole souvent un qualificatif : capitalisme rhénan pour reprendre Benoît.

     

    Pour Paul Fabra, économiste et journaliste, auteur de nombreux livres sur la question, considérer le capitalisme comme un système économique caractérisé par un mode de fonctionnement particulier est une erreur historique qui conduit à de nombreux malentendus, comme celui qui nous oppose. Ce n’est pas un système, c’est une fonction. Cette fonction consiste « à produire du capital en vue de l’échange ». Cette fonction peut être remplie par des systèmes différents : le plus classique est le capitalisme libéral, aujourd’hui néo-libéral, monopolistique, oligopolistique, entrepreneurial (voir Schumpeter), rhénan, cognitif (je l’ai cité)…. Mais aussi d’Etat. Il est donc difficile de porter un jugement global sur un concept qui recouvre plusieurs réalités. Ce jugement doit donc envisager tous les aspects du système.

     

    - Il y a évidemment le jugement économique sur l’efficacité du système au regard des objectifs. Passons sur cet aspect qui fait l’objet de maintes études. Tout dépend évidemment de la nature et de la réalisation de ces objectifs. Disons seulement que s’il n’était pas efficient il n’aurait pas perduré. Il faut pourtant relativiser les choses. On affirme par exemple, avec raison, qu’aujourd’hui les pauvres sont moins pauvres. C’est vrai, mais sans mettre en avant la notion de « paupérisation relative » qui nous ferait taxer de marxisme, observons qu’aujourd’hui un individu qui n’aurait ni véhicule automobile, ni moyen de faire son plein de carburant, ni téléphone portable, ni tablette interactive, serait un exclu de la société. Un vrai pauvre !

     

    - Le jugement politique du capitalisme le met souvent en corrélation avec la démocratie et la liberté (notamment celle d’entreprendre). C’est exact dans les pays occidentaux de tradition libérale. Mais bien moins vrai dans d’autres pays qui n’ont pas bénéficié de la culture humaniste européenne (Indonésie de Soeharto, Chili de Pinochet). Et inexact dans des pays qui ont toujours eu une tradition centralisatrice (Russie, Chine). En Europe, même la sanglante parenthèse mussolinienne et hitlérienne n’a pas interrompu – bien au contraire – le développement économique de grands groupes comme Krupp, IG Farben, Bosch, Opel…

     

    - Le jugement philosophique est souvent contrasté. Ainsi le jugement sévère que Walter Benjamin, philosophe non marxiste, admiré par Hannah Arendt, admirateur de la France qui ne lui a pas rendu cette admiration (juif allemand devenu apatride, il s’est suicidé en France en 1940 pour ne pas être rendu aux autorités de son ancien pays). Dans un bref essai inachevé Le capitalisme comme religion il profère une des critiques les plus sévères qui n’aient jamais été portée contre cette nouvelle « religion la plus extrêmement cultuelle qu’il y ait jamais eu », religion culpabilisante dont le culte est permanent et qui, en nous obligeant à chercher notre salut dans l’avoir, nous conduit au désespoir.

     

    - Le jugement éthique

    Il serait lassant de lister toutes les critiques de nature éthique portées à l’encontre du capitalisme et de ses accessoires. A titre d’exemple on peut mentionner les diverses interventions d’Alain Supiot, professeur au prestigieux Collège de France.

    Par exemple :

    la démocratie victime du marché https://www.youtube.com/watch?v=U8N9OVTLEtE

    le travail au XXIème  siècle  https://www.youtube.com/watch?v=r287OKsl91U

    Surtout dans son dernier ouvrage Le travail n’est pas une marchandise (Editions du Collège de France) dont le titre suffit à donner la teneur. Il y recherche les germes d’un  régime de travail qui pourrait devenir « réellement humain ».

     

    6
    claude
    Mardi 12 Mai à 21:05

    Voyons d’abord les définitions courantes (Wikipédia et autres) :

    Le capitalisme peut être défini par 2 caractéristiques principales : la propriété privée des moyens de production ; une dynamique fondée sur l'accumulation du capital productif guidée par la recherche du profit.

    Le système capitaliste, depuis la révolution industrielle, est actuellement le système économique de la plupart des pays de la planète. 

    Pour le marxisme, le capitalisme est un système politique, économique et social dont le principe fondamental est la recherche systématique de plus-values obtenues grâce à l'exploitation des travailleurs par les propriétaires des moyens de production et de distribution.

    Les économistes, les sociologues et les historiens reconnaissent diverses formes comme : le capitalisme de laissez-faire, , l'économie sociale de marché ou le capitalisme d'État.

    Le capitalisme d'État, parfois aussi nommé capitalisme ‘’public’’, s'oppose au capitalisme ‘’privé’’ ou ‘’libéralisme’’. Mais ces 2 formes théoriques de capitalisme sont les 2 extrêmes d'une réalité souvent mixte. Elles sont toutes 2 fondées sur la propriété ou le contrôle global des moyens ou ressources d'existence par un système de pouvoir, public ou privé.

    L'État (en France du moins) assure ses fonctions ‘’régaliennes’’ (Sécurités extérieure et intérieure, Justice, Lois, Impôts, Monnaie (via la banque centrale). Cela correspond aux Ministères des Armées, de l'Intérieur, de la Justice, de l'Europe, des Affaires étrangères et de l'Économie et des Finances.

    Ses actions sont complétées par ses Fonctions économiques :

    ·         Allocation de ressources = production par l’État de biens et de services non marchands, mis à la disposition de la population (École publique, routes, etc.)

    ·         La répartition des richesses = répartition de redistribution favorable à l’activité économique d’un pays avec une réduction des inégalités (Le RSA, etc.)

    ·         La stabilisation de l’activité = permet de limiter les déséquilibres économiques (le Chômage, etc.) ; L’État intervient par des politiques économiques.

    À noter que :

    ·         Budget de l’État en 2019 : environ 292 Milliards d’€ de recettes et 390 Milliards d’€ de dépenses, soit un déficit de 98 Milliards d’€

    ·         l’État ne gère pas directement les Administrations de Sécurité Sociale : le Parlement vote une loi de financement de la Sécurité Sociale qui donne les orientations de la Politique de Santé et de la Sécurité Sociale, à privilégier par les acteurs concernés. Budget de 600 Milliards d’€ (en 2017). L’État prend en charge les déficits (de 0 à 20 Milliards d’€ selon les années).

    ·         Possède des Participations majoritaires dans 1 702 entreprises (778 100 salariés)

     

    Mais il y a une différence importante entre Capitalisme ‘’public’’, et Capitalisme ‘’privé’’ :

    L’État se comporte un peu comme dans un système ‘’mafieux’’ ! Vous savez le mafieux qui vous rackette en vous proposant sa protection contre des ‘’malheurs’’ si vite arrivés…’’Vous avez une bien belle vitrine, ça serait dommage qu’elle soit détruite…’’.

    Ce n’est qu’une image (exagérée et douteuse, j’en conviens), mais elle traduit bien une INVERSION de la relation ‘’Client-Fournisseur ‘’ : l’État sait mieux que vous ce qu’il vous faut !

    Loin de moi l’idée de critiquer notre État actuel (sauf à regretter le Déficit annuel quasi permanent depuis des décennies…). Mais je veux mettre simplement mettre en lumière les fonctions des millions de Français du ‘’Capitalisme privé’’ :

    Fondamentalement, si on se concentre sur les 2,35 millions d’Entreprises  (PME, PMI et autres), qui regroupent 11,8 millions de Salariés (de 0 à 250 ou plus), on peut dire que leur ‘’équation économique’’ repose sur un principe simple :

    ‘’Je sais faire des produits ou fournir des services, qui pourraient intéresser une clientèle’’ = vraie relation ‘’Client-Fournisseur’’.

    Les leviers d'action d'une entreprise sont nombreux : Clients, marchés, Produits fabriqués, (dans quelles usines), avec quels salariés (quels salaires, télétravail ?), fournisseurs (quels prix d’achat) , réseau de vente, prix de vente, service après-vente, stocks, logistique, Politique de Recherche et Bureaux d'études, capitaux propres, investissements, emprunts, qualité, etc.

     

    Alors, le Monde d'après, la fin du Capitalisme  ? 

    Quand j'ai appris puis donné des cours sur la Qualité, une "image" m'est restée : elle montrait 2 types dans une barque sur un lac en train de discuter pour savoir où étaient les rochers affleurants susceptibles de les faire couler éventuellement. On les voyait bien le rochers sur l’image,, mais pas eux bien sûr...

    Le conseil était de faire baisser l'eau pour les faire apparaître... Pas facile bien sûr ! Avec le Covid-19, nous venons de faire baisser l'eau comme jamais ! 

    La recherche des "rochers" portera sur chacun des leviers pour mesurer comment et/ou pourquoi, ils ont été affectés durant la crise et ce qu'on pourra faire à l'avenir pour y remédier. 

    Cela pourra aller de simples ajustements à des remises en cause majeures...(fabriquer en France ? par exemple). Il est fondamental de "profiter" de cette crise (l'eau a baissé comme jamais) pour faire ces réflexions à court terme, moyen et long terme,

    Le plus probable est que chaque corps de métier va analyser les rochers, les + et les - de cette expérience, et en tirer les conséquences. Beaucoup de secteurs vont reprendre presque comme avant. Le télétravail va changer de dimension, plus (ou moins !) d'écologie peut-être, etc. Certains seront très touchés (comme les avions) et les réflexions sur leurs "modèles" économiques précédents vont être très intéressantes à suivre !

    Ces réflexions et changements s’appuierons aussi sur les thèmes connus précédemment : Transition écologique, Développement durable, économie circulaire et sobre en carbone, économie des ressources, réduction et recyclage des déchets, développement des énergies renouvelables, etc.

    Ces préoccupations ont déjà marqué les actions de ces 20 dernières années (Solaire + Éolien, développement du gaz au détriment du pétrole,…) et la bonne nouvelle est que les entreprises ont tout intérêt (financièrement !) à suivre ces évolutions et les intégrer dans leurs décisions et processus.

    L’État et son capitalisme public ont tout intérêt à faire de même…(meilleure production des médicaments en accord avec les grandes Sociétés du secteur ?).

    La remise en cause du capitalisme et autres fantasmes me paraît relever du bavardage pseudo intellectuel plus que de la réalité future...Le mot lui-même ne permet pas de décider quoi que ce soit de plus intelligent à faire : les solutions sont dans les analyses des causes et non dans la proclamation d’une nouvelle théorie économique fumeuse…

    7
    Pierre M.
    Mercredi 13 Mai à 10:23

     

    Je ne vais pas discuter point à point l’argumentaire, bien construit de Claude. Je veux seulement noter quelques remarques que ce texte m’inspire (je me borne à 3).

     

    1. Il est déplorable que Wikipedia, instrument très utile, soit devenu LA référence de toute discussion, de toute argumentation (je n’écris pas cela pour ce texte là, mais je profite de l’occasion qui m’est donnée). C’est une forme insidieuse de formatage des esprits, d’incitation à la paresse intellectuelle, contre laquelle les enseignants essaient fort heureusement de lutter. En tout cas s’il fallait se contenter de cette source pour analyser une question aussi complexe que le capitalisme et son devenir on tournerait en rond.

     

    2. L’Etat se comporte-t-il comme un système mafieux ?

    Quels que puissent être les reproches que l’on fait à l’Etat – et ils sont réels * -- c’est un contresens de le comparer à une mafia. L’Etat repose en principe sur des institutions légales, les mafias agissent en dehors de la légalité. Ce n’est pas la nature de leurs activités qui les distinguent : la vente de tabac est autorisée par l’Etat (il en avait même jadis le monopole), celle du cannabis est mafieuse. Ce sont plutôt des produits du capitalisme international, certaines sociétés internationales et les fameuses GAFAM, qui ont un comportement mafieux. Comme le furent dans le passé les Grandes Compagnies qui menaient des guerres pour leur propre compte.

     

    3. La mise en cause du capitalisme est-elle un fantasme ?

    Il est très étonnant que des personnes intelligentes, cultivées, ne se posent pas la question élémentaire : comment peut évoluer le capitalisme ? Libéral ou d’Etat, il est fondé sur la nécessité de la croissance (de l’accumulation de capital diraient certains). Même si le critère de la mesure (le % du PIB) soit contesté, il sert de boussole à l’économie. On se lamentait d’une croissance inférieure à 2 %. Dans la situation actuelle on envisage une perte d’au moins 8% ce qui suscite d’immenses inquiétudes pour l’après Covid.

    Ainsi le capitalisme est-il fondé sur la promesse (ou la condamnation) du toujours plus dans un monde aux ressources naturellement limitées. Où est l’erreur ? On objectera que ce « plus » est de moins en moins quantitatif et de plus en plus qualitatif : ce qui est recherché c’est plus la croissance immatérielle que matérielle (plus software que hardware diraient les informaticiens).

    Mais cet immatériel, cette intelligence, ne sont pas désincarnés : ils s’appuient sur des réalités physiques (matériel, énergie). L’exemple nous est donné pendant ce confinement : on fait des cours en ligne pour les élèves. Encore faut-il qu’ils possèdent des tablettes interactives, que des logiciels tournent, que les réseaux 4G ou wifi soient alimentés…

    Jusqu’où peut aller la fuite en avant de ce système ?

    Il est victime du syndrome de la Reine Rouge, décrit par le génial Lewis Carroll dans son « Alice », bien connu des biologistes évolutionnistes : il faut courir de plus en plus vite pour demeurer sur place.

     

    * L’Etat, c’est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement et voilà le mensonge qui rampe de sa bouche « moi l’Etat je suis le peuple », écrivait Nietzsche dans son « Ainsi parlait Zarathoustra »

     

      • Mercredi 13 Mai à 11:13

        Pour Wikipedia, tu as sûrement raison, mais en partie seulement : si ce qu'on trouve dans un article de Wikipedia correspond et complète ce qu'on pense soi-même, pourquoi vouloir faire oeuvre originale en reformulant ce qui est déjà écrit ? Il faut juste faire attention à ne pas prendre pour argent comptant ce qui est dit d'un sujet qu'on ne connaît pas préalablement. Voir les bagarres entre opposants sur des sujets brûlants comme les OGM ou le nucléaire, où les "pour" effacent régulièrement ce qu'ont écrit les "contre" et vice versa.

        Je relève une contradiction dans ce que tu écris sur l'Etat : au début, tu dis : "c’est un contresens de le comparer à une mafia", et à la fin il y a la citation de Nietzsche qui semble dire le contraire (même si le terme "mafia" n'existait pas encore).

    8
    Pierre M.
    Mercredi 13 Mai à 11:55

    J'essaie seulement de rendre compte aussi objectivement que possible des différents points de vue.

    Dans cette affaire Nietzsche critiquait l'oppression d'un  Etat, ce qui n'a rien a voir avec son caractère mafieux (c-à-d. illégal) ou non. C'est même tout le contraire : plus un Etat est fort plus il a tendance à tout réglementer. Sans empêcher pour autant le développement de mafias intérieures (on a connu les systèmes des changes parallèles dans les Etats qui contrôlaient le taux de change de leur monnaie). Analyser le capitalisme, privé ou public, ce n'est pas analyser le fonctionnement de l'Etat.

    On connait les tendances anarchisantes de Nietzsche, un anarchisme très individualisme, proche de Stirner.

     

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