• La conscience morale

    par Jean-Jacques

    Le Café-Débat du 29 octobre 2011 à Saint Quentin portait sur ce sujet : "Qu'est-ce que la conscience morale ?", introduit par Claude Pertuisot.

    Les interventions ont majoritairement porté soit sur ce qu'était la conscience, soit sur ce qu'était la morale, un peu abusivement assimilée à différencier le Bien du Mal et à examiner ce que pouvait être la morale individuelle et la morale collective.

    Pour ma part, après m'être trituré les méninges un bon moment, je ne vois pas pourquoi on parle de "conscience morale", et non pas simplement de "morale". En effet, la seule chose qu'apporte l'ajout du terme "conscience", c'est de mettre l'accent sur l'aspect individuel du problème, et, si on suit quelque peu ce que dit Claude dans son papier d'introduction, d'insister sur l'aspect voulu et raisonnable de cette morale individuelle.

    Mais en fait, ce qui m'intéressait le plus aujourd'hui, c'était de laisser de côté la morale et d'approfondir la notion de conscience, cette "chose" dont on sent bien ce qu'elle est sans pouvoir la définir autrement que par elle-même. Etre conscient, a rappelé quelqu'un, c'est avoir conscience de soi, c'est aussi être conscient de quelque chose. Mais le langage nous joue des tours : quand on dit cela, c'est déjà le "soi" qui s'exprime au travers de ce "on", on ne peut se mettre "hors de soi", hors de sa conscience, pour parler avec rigueur de la conscience de soi. C'est comme en mathématiques avec le théorème d'indécidabilté de Gödel pour l'arithmétique, il faut être hors du système pour raisonner sur celui-ci, si on est dedans ça ne marche pas et on aboutit à des contradictions.

    Un autre point qui me préoccupe depuis longtemps, c'est l'attribution que j'estime abusive de la conscience à l'homme seul. Pour moi, il y a un continuum depuis le virus jusqu'aux être vivants évolués, l'homme en particulier. Il y a des degrés de conscience plus ou moins élevés selon le degré de complexité des êtres vivants. Pierre rappela justement le comportement des paramécies qui s'unissent pour résister à un ennemi commun, mais en prêtant abusivement, il me semble, un caractère altruiste à ce comportement, alors que l'altruisme est un concept humain que ne possèdent certainement pas les êtres unicellulaires. Au-delà, il s'agit de savoir si la conscience est coextensive à la vie, comme le dit Bergson, auquel cas aucun robot aussi évolué soit-il ne pourra jamais accéder au moindre embryon de conscience, sauf à changer la définition implicite du mot "conscience".

    De même, Bergson (encore lui...) associe la conscience à la mémoire. Sans mémoire, pas de conscience possible, et je partage complètement son point de vue. Cependant, ceci pourrait vouloir dire aussi que plus on a de mémoire, et plus on est conscient des choses.  Je ne discuterai pas ce point aujourd'hui, mais je ferai la remarque que les animaux, les chiens par exemple, disposent d'une mémoire à court terme efficace, mais de peu de mémoire à long terme, remplacée par une forme de connaissance innée, l'analogue si on veut du BIOS des ordinateurs...

     

    Ces français qui ne veulent pas d'enfants... »

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  • Commentaires

    1
    Marie Odile
    Mardi 28 Août 2012 à 12:32

    La conscience est liée à la complexité du cerveau : à partir des informations stockées dans la mémoire et des raisonnements que nous permet notre néocortex, nous sommes capables de prendre du recul par rapport à nous-mêmes, de nous voir en quelque sorte de l'extérieur, de questionner notre existence même et le monde qui nous entoure. C'est ce qu'on nomme la conscience réflexive.

    Conscience de soi, conscience de l'autre (ouvrant sur l'empathie et divers comportements sociaux), conscience de l'avenir (qui ouvre sur des projets), conscience de la mort (avec les angoisses qu'elle suscite et la réflexion religieuse)....

    Les animaux sont-ils doués de conscience? Pour la paramécie, je pense que c'est bien sommaire... Pour les chiens ou les chimpanzés, sûrement un peu. Mais sans commune mesure avec nos capacités

    2
    Jeudi 30 Août 2012 à 21:44

    Je n'ai pas asez d'énergie pour commenter et , disons disserter, mais le passage sur la conscience qui ne serait pas uniquement réservée à l'humain m'a immédiatement rappelé cette magnifique citation de Henry Beston, utilisée dans le terrible documentaire "Terriens", et qui me fait vibrer et réfléchir à chaque fois que je la lis :

    Il nous faut une attitude plus sage et peut-être plus mystique vis-à-vis des animaux. Éloigné de la Nature universelle et vivant dans la complexité, l'homme civilisé observe les animaux à travers la loupe de son savoir. [...] Nous traitons avec condescendance leur état inachevé, le sort tragique qui les a conduits à naître inférieurs à nous. C'est là que nous faisons une erreur. Une grave erreur. On ne peut pas comparer les animaux aux hommes. Dans un monde plus vieux et plus achevé que le nôtre, ils se déplacent dans leur forme achevée. La nature leur a fait don d'un prolongement des sens que nous avons perdu ou jamais atteint. Ils entendent des voix que nous n'entendrons jamais. Ils ne sont ni nos frères, ni nos subalternes. Ils constituent d'autres mondes pris avec le nôtre dans le filet de la vie et du temps, prisonniers de la splendeur et des tourments de la Terre.

    3
    Pierre M.
    Mardi 18 Septembre 2012 à 18:28

    Sans commenter les textes précédents, je me borne à signaler qu'en cette matière les différentes neurosciences cognitives ont réalisé des progrès considérables. En témoigne le texte de la courte "Déclaration de Cambridge sur la conscience" (The  Cambridge Declaration on Consciousness) signée le 7 juillet dernier par un groupe d'éminents scientifiques de ces disciplines.

     On trouvera ce texte (assez technique) sur

    http://fcmconference.org/img/CambridgeDeclarationOnConsciousness.pdf 

    Une traduction française, commentée, existe également, mais je n'en dispose que sous forme de fichier Word.

    Je recopie ci-après la conclusion (en français) de ladite déclaration :

    « L’absence d’un néocortex n’apparaît pas comme empêchant un organisme d’expérimenter des états affectifs. Des preuves convergentes indiquent que les animaux non-humains possèdent les substrats neuro-anatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques, capables de générer des états de conscience, de même que la capacité de faire preuve de comportements intentionnels. Il en découle, d’après la quantité d’éléments probants, que les humains ne sont pas les seuls à posséder des substrats neurologiques capables de générer la conscience. Les animaux non-humains, incluant l’ensemble des mammifères et des oiseaux, ainsi que de nombreuses autres créatures parmi lesquelles les pieuvres, possèdent également ces substrats neurologiques. »

    Malgré tout le respect qu'on lui doit, le fait – mis en exergue –  que le célèbre physicien Stephen Hawking y ait participé, n'ajoute rien à la valeur de ce texte qui ne concerne pas sa discipline.

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    4
    Mardi 5 Mai 2015 à 16:13

    Je me suis souvent demandé pourquoi on nous traite d' homo sapiens sapiens, avec deux fois sapiens. C'est sans doute que nous avons conscience d'avoir conscience. Nous serions donc consciemment conscients , et ce serait ce qui nous distingue des animaux conscients...

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