•  par Charlotte Morizur

     

    LE DESIR, FONDEMENT DE L’ART.

    L’Art est une création de l’Homme, intentionnelle et esthétique. Depuis toujours, les Hommes ont cherché à reproduire ce qu’ils voyaient et ressentaient1. Ce désir impérieux de transcrire ce qui leur paraît beau ou bouleverse leur conscience semble être une attitude foncièrement humaine.Il serait donc le fondement de l'Art, c'est à dire l'élément essentiel sur lequel s'appuie toute création artistique.

     

    Pour Bergson, les artistes (poètes, peintres, musiciens, réalisateurs, acteurs…) nous révèlent une réalité qui nous échappe. Les émotions qu’ils ressentent doivent avoir un écho dans notre conscience ; sans cette résonance, nous ne les comprendrions pas.

     

    Trop souvent, nous sommes empêtrés dans la banalité du quotidien et nous ne percevons que l’aspect trivial de la réalité dans laquelle nous sommes installés. Bergson nous dit que l’artiste lui, est « distrait » au vrai sens du terme. C’est-à-dire que son attention toute entière est détachée de la réalité telle que nous venons d’en parler. Cette attention est attirée par ce qui se cache pour le commun des hommes et que sa propre sensibilité lui fait percevoir. Alors, il vient vers nous avec ses mots, ses mélodies, ses images, nous dévoiler toute la profondeur, la poésie, de ce qui s’offre à nous sans que nous en ayons la perception. L’artiste éveille notre sensibilité, nos sens, notre conscience. Le rôle de l’artiste est de conduire notre réflexion vers plus de grandeur, d’entraîner notre imagination dans l’univers du beau et du sensible.

     

    Prenons l’exemple de « La valse », œuvre de Camille Claudel, sculptrice (1864- 1943). Cette statue représente un couple de danseurs. L’artiste a extrait le couple enlacé hors d’un amas de plâtre sans signification : ce serait donc une création2. Par la justesse des proportions, la grâce du mouvement, l’œuvre copie la réalité. Mais attardons-nous dans l’examen de l’objet : tout d’abord on voit le danseur entraîner sa fragile et gracieuse partenaire, elle est confiante et totalement abandonnée à l’ivresse amoureuse. Puis, à bien observer le couple, on est saisi lorsqu’il devient évident que le danseur, maître du jeu, entraîne son amante vers le vide. Dans cette œuvre, Camille Claudel nous confie sa réalité profonde : elle dénonce, accuse son maître et amant, Auguste Rodin, qui l’a abandonnée. Comme dans la valse, la vertigineuse passion qu’elle éprouve pour lui la fera sombrer dans un désespoir proche de la folie. C’est par cet aspect que la statuette nous bouleverse.

     

    Nous nous trouvons parfois désemparés devant une œuvre qui semble hermétique à notre entendement. C’est que nous ne connaissons ni l’Histoire que l’œuvre représente, ni les motivations qui ont poussé son auteur à nous la raconter. Il nous faut alors étudier, fouiller les intentions de ce dernier. Et c’est ici qu’intervient la réflexion entre création et réalité. L’exemple qui peut nous aider à étayer notre propos est celui de l’œuvre magistrale de Picasso : « GUERNICA ».

     

    L’Histoire nous apprend que le 27 avril 1937, la Luftwaffe, avec l’accord de Franco, bombarde et détruit la petite ville de Guernica, symbole du pacte de paix conclu entre l’Espagne et le pays basque au XVème siècle. Picasso, en quelques jours, immortalise alors le drame de façon spectaculaire sur une toile de huit mètres de long sur trois mètres de haut. Une fois que l’on connaît l’Histoire, on ne regarde plus l’œuvre de la même façon. On y voit toute la violence et l’horreur du massacre.

     

    La réalité ne résiderait-elle pas dans l’Histoire, et la création dont elle découle dans l’inventivité, le style de Picasso ?

     

    1 Les plus anciennes peintures rupestres en Asie datent d’au moins 40 000 ans.

    2 On pense au Dieu créateur de la Genèse qui, d’un amas de glaise, fait surgir Adam le premier homme.

     

     


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  • par Pierre MARSAL

     

    Bonne santé, bonne santé, il en est question dans la plupart des échanges de ce blog, quels que soient leurs intitulés. Une véritable obsession.

    C’est quoi une bonne santé ?

    En y réfléchissant j’avoue que je n’en sais rien.

    Est-ce se sentir bien dans sa peau ? Mais on peut se sentir bien et avoir quelques problèmes mineurs.

    Est-ce posséder tous les paramètres quantitatifs reconnus comme normaux par le corps médical (poids, tension, formule sanguine, etc.) ? Mais à ce compte-là un esquimau ou un habitant des hauts plateaux andins ou du Népal n’aura pas les mêmes normes. Il ne sera pas « normal ».

    Est-ce ne consommer aucun médicament, officiel ou alternatif ?

    Est-ce tout simplement « la vie dans le silence des organes » comme le disait un médecin du début du siècle précédent ? Rien n’est moins sûr car il y a de graves maladies qui sont initialement sans symptômes.

    Est-ce… Est-ce…Je n’en sais fichtre rien.

    Bien sûr pour les adaptes du docteur Knock « Toute personne en bonne santé est un malade qui s’ignore ».

    Finalement ce n’est pas aussi idiot que cela paraît. D’abord parce que nous sommes tous malades de la Vie, « une maladie mortelle sexuellement transmissible » (Woody Allen).

    Plus sérieusement, le concept de bonne santé est une notion relative, difficile à définir. Pour essayer de s’y retrouver il faut lire (et relire) le lumineux article de Georges Canguilhem, médecin et philosophe (Le normal et le pathologique1). On y apprend d’abord, entre mille autres choses que je ne saurais décrire ici, qu’il y a une continuité entre maladie et bonne santé (ce n’est pas l’une ou l’autre) : la frontière entre normal et pathologique est imprécise et fluctuante. Ne serait-ce qu’en raison de la capacité d’adaptation de l’être humain à son milieu.

    De toutes les « pépites » que renferme ce texte, retenons ceci : « c’est parce que la valeur est dans le vivant qu’aucun jugement de valeur concernant son existence n’est posé sur lui ».

    Par ailleurs Canguilhem va jusqu’à évoquer longuement la « maladie de l’homme normal » qui s’interroge sur sa normalité.

    Bien des années plus tard (1999) Ivan Illich, dans un article publié dans le Monde Diplomatique2 évoque « L’obsession de la santé parfaite » devenue un facteur pathogène prédominant dans les pays développés.

    C’est grave docteur ?

     

    1 Texte d’un article (1951) repris dans l’ouvrage qui en rassemble plusieurs autres sous le titre : La connaissance de la vie, Vrin édit., 1965 et 2003.

     


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  • par Jean-Paul Knorr

     

    Pourquoi n’acceptons-nous pas les morts dues au coronavirus alors que nous acceptons les morts dues à d’autres maladies ? Par exemple, tous les ans, 9 millions de personnes à travers le monde meurent des suites de l’hypertension qui donne ensuite lieu à des AVC, des arrêts cardiaques etc. tout en sachant par ailleurs que les AVC et les arrêts cardiaques ne sont pas uniquement dus à l’hypertension. Si vraiment la maladie et la mort nous sont insupportables, interdisons la vente de tabac…

    Revenons à notre Covid-19. Le problème n’est donc pas le nombre de morts mais l’engorgement des hôpitaux et le fait que ce soit une maladie contagieuse qui peut tuer tout le monde même les riches et les puissants. Nous savons que nos scientifiques ont failli, pas seulement les scientifiques français mais aussi ceux de l’OMS. Notre élite scientifique a non seulement validé le premier tour des élections municipales mais aussi affirmé que le port des masques ne servait à rien. Notre élite scientifique a non seulement failli mais a eu un comportement dédaigneux et malhonnête. Ils ne se sont pas gênés pour éructer sur des confrères comme le professeur Raoult qui ne faisaient pas partie du sérail alors que le seul tort de ce dernier est de proposer une solution dont le seul risque était de générer des faux espoirs. Cette élite scientifique n’a pas agi en fonction de l’intérêt général mais en fonction de ses intérêts particuliers, oubliant de déclarer ses conflits d’intérêts en étant en autres de cheville avec des laboratoires et ne pouvant pas proposer d’autres solutions que celles issues de ces laboratoires. Comme notre élite scientifique a failli, il ne restait qu’une solution de repli : le confinement. N’oublions tout de même pas de dire que les élites scientifiques et politiques n’ont pas failli partout. Un certain nombre de pays ont évité la débâcle. Parmi ceux-ci Singapour, Taïwan, la Corée du Sud et d’autres pays asiatiques et à un degré moindre l’Allemagne.

    Si nos élites ont failli, qu’en est-il du peuple ? La seule solution qui restait était donc le confinement et il faut bien dire que tout le monde n’a pas respecté les consignes soit par bravade soit par inconscience. Il n’empêche que le Covid-19 n’est qu’un virus et nous sommes entourés de virus et de microbes. La guerre contre les virus et les microbes ne peut être gagnée que si nous renforçons notre système immunitaire par un mode de vie non mortifère. Notre système immunitaire se trouve à 80% dans les intestins et est composé de globules blancs et de protéines appelés anticorps. Le système immunitaire ne peut être mesuré mais comme l’a suggéré le journal télévisé de France2 de ce jour, il est inversement proportionnel au tour de taille. Dans un pays dont la population est globalement malade comme les Etats-Unis, dont 70% est en surpoids et 30% obèse, le Covid-19 ne peut faire que des dégâts. Existe-t-il encore des pays dont la population est en bonne santé ? Dans un pays où la population serait saine, les hôpitaux ne seraient pas engorgés et le Covid-19 ne serait pas vraiment un problème. Ce discours aucun politicien n’aura le courage de le tenir.

    Le système immunitaire peut être renforcé par le repos (certains médecins épuisés ont été tués par le Covid-19), le sport, le soleil, la méditation, certains aliments. En attendant, le confinement protège avant tout les riches qui profitent de leurs résidences secondaires et expose les plus pauvres. La crise économique qui va suivre épargnera plus ou moins les plus riches mais sera désastreuse pour les plus fragiles. Il faut tout de même sortir de ce confinement et le meilleur moyen d’en sortir est d’avoir un système immunitaire à la hauteur.

     


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  • par Pierre MARSAL

     

    Même lorsqu’on respecte le Vivant, même lorsqu’on ne tue pas inutilement un animal, n’arrache pas sans raison une plante, sauf à être jaïniste1, on se défend contre l’agression. Si un moustique se pose sur mon bras je n’hésiterai pas à lui taper dessus (souvent en vain).

    Et si c’était ce qui se passe en ce moment dans la crise que nous connaissons ?

    Faut-il voir de la poésie ou une révolution scientifique fondamentale dans l'hypothèse Gaïa formulée dans les années soixante-dix par deux biologistes indépendants, Lovelock et Margulis ? Selon eux nous habitons une planète vivante. Retour aux sources de l'antique Gaïa d'Hésiode, à la Pachamama des peuples andins, individualisation du concept de biosphère ou endogénéisation de la noosphère de Teilhard de Chardin (puisque Gaïa s'explique par elle-même sans l'intervention d'un deus ex machina), concrétisation des déductions parallèles de Morin,... ? C'est un peu de tout cela.

    Comme tout être vivant, la Terre possède la propriété d’homéostasie, terme que l’on doit à Claude Bernard et qui exprime la faculté qu’a le vivant de retrouver un état d’équilibre stable après en avoir été accidentellement écarté (fièvre, tension artérielle, etc.)2.

    Cette généreuse entité qui nous héberge, se révolterait périodiquement contre les excès des êtres vivants qu’elle héberge en son sein. Cela va de coups de semonce comme les épidémies ou certaines catastrophes naturelles, jusqu’à l’extinction totale d’espèces qui jadis dominaient la terre, la mer et les cieux.

    Alors coup de semonce ou prélude à l’Apocalypse ?

    Après avoir été moquée par des scientifiques « raisonnables » la thèse de James Lovelock commence à être prise au sérieux, pour de multiples raisons qu’il serait trop long d’expliquer ici. Pourtant il faut être prudent : comme l’être vivant la Terre a la capacité de se nourrir (énergie du soleil) mais pas celle de se reproduire. Elle ne possède pas non plus ce qui, d’après Hans Jonas est la première caractéristique du vivant, la liberté, notamment celle de se mettre en danger. Quant au problème de la conscience (Gaïa est-elle consciente ?) c’est une question métaphysique qui dépasse l’entendement humain.

    Alors, réalité ou simple métaphore comme celle du gène égoïste de Richard Dawkins ? Qu’importe si elle nous permet de retrouver le sens de nos responsabilités planétaires. Si elle nous fait retrouver le sens des choses comme l’exprimait Maurice Maeterlinck, poète du dix-neuvième siècle égaré au vingtième :

    "Est-il vraisemblable, quand nous trouvons éparse dans la vie une telle intelligence, que cette vie ne fasse pas preuve d'intelligence, c'est-à-dire ne poursuive une fin de bonheur, de perfection, de victoire sur ce que nous appelons le mal, la mort, les ténèbres, le néant, qui n'est probablement que l'ombre de sa face ou son propre sommeil ?" (M.Maeterlinck, L'intelligence des fleurs).

     

    1 Si un jaïniste portait un masque dans la rue, ce serait moins pour se protéger du COVID-19 que pour éviter d’avaler un moucheron.
    2 L’être humain a copié la Nature : les ingénieurs connaissent les dispositifs de rétroaction (un des premiers fut le régulateur à boules) ; ceux qui ont déjà conduit un tracteur savent que celui-ci est réglé à vitesse constante quelle que soit la consistance du terrain sur lequel il se meut).

     


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  • par Jean-Paul Knorr

    Les plus âgés d’entre nous ont connu la guerre et l'occupation. J’ai eu la chance de ne pas connaître cette période sombre de notre histoire. Toutefois même si c’est moins grave, j’aurais connu la période du Covid-19 avec le confinement. On me demande de vivre comme un poisson rouge. Les poissons rouges n’ont jamais organisé de tournois de football ni de partouzes. Ils se contentent de tourner en rond mais n’ont guère d’autre choix. J’ai toujours pensé que l’on meurt peu à peu et non instantanément. Un jour on arrête de courir, un autre de baiser, un autre encore de faire la cuisine soit par fainéantise ou par diminution des facultés mentales. On meurt peu à peu à mesure de perdre ses facultés ou de refuser de les utiliser et pourtant même à 80 ans on pourrait courir sur 5 m, avoir des saillies même de courte durée, se forcer à se tenir debout devant une cuisinière.

    On nous enjoint de rester assis sur une chaise et de ruminer alors que nous ne sommes pas des ruminants. Au contraire, nous avons besoin de bouger car vivre c’est courir et mettre en branle son système lymphatique sinon nous finirons comme des poubelles, nous allons être malades et mourir. Pourtant certains choisissent de se confiner volontairement en passant le dimanche quatre heures à table au lieu d’arpenter la forêt, oubliant les règles élémentaires d’une bonne hygiène de vie. Dans mon confinement, j’utilise quotidiennement mon mini-trampoline mais un système lymphatique en bon état ne suffit pas. Nous avons aussi besoin de soleil, d’oxygène et de vitamine D issue de l’exposition au soleil. Certains se contentent d’être des consommateurs et peuvent passer leur journée devant leur poste de télévision, d’autres ont besoin de produire et de créer. Pour cela ils ont souvent besoin de sortir de chez eux pour chercher de l’inspiration et des matériaux. Il va sans dire que cette dernière disposition est la plus profitable pour la santé mentale. Etre privé de liberté, c’est comme être privé de sexe, cela engendre des frustrations et des névroses. Il y a des êtres asexués pour qui ce confinement ne change rien, il n’en est pas de même des sujets atteints de satyriasis et de nymphomanie pour qui la période actuelle est un supplice faute de pouvoir rencontrer des partenaires. L’absence de liberté et de mouvements est par contre préjudiciable à la plupart d’entre nous ; le châtiment réservé à ceux qui ont fauté est justement la prison, bien plus difficile à supporter que les travaux d’intérêt collectif.

    Non seulement on nous impose de vivre dans un bocal mais en plus toute vie par procuration est retirée. La vie s’est arrêtée, plus rien ne se passe. Plus de football, de jeux olympiques, de festival de Cannes. Nous ne pouvons plus vibrer pour notre équipe ni avoir d’aventures extraconjugales par vedette interposée. Comme chantait Léo Ferré, on se sent floué par toutes ces années perdues. Ce sentiment est exacerbé lorsqu’on atteint un certain âge. Nous savons bien qu’il ne nous reste plus tellement d’années à vivre et vivre c’est tout ce qui a été écrit dans ce court texte et bien plus encore.

    Ce confinement a toutefois aussi des avantages. Enfin tous les fast-foods, les restaurants et les salons de thé avec pâtisserie sont fermés, ce qui ne peut qu’être bénéfique pour la santé physique et mentale de mes compatriotes. Rappelons qu’après le siège de la commune de Paris 1870-1871, toutes les maladies liées au surpoids comme le diabète de type 2 avaient disparu.

     


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