• Mercredi d’élection américaine !

     par Jean-Pierre VEROLLET

     

    4 novembre 2020

     

    Note du webmaster : cet article aurait dû être posté le 4/11 et non le 7. Toutes mes excuses...

     

     

    Ce matin, les medias Français semblent surpris que la vague bleue annoncée de Joe B n’ait pas écrasé ce « vilain » Donald T.

    Pourquoi cette incompréhension ?

     

    Et si les Français étaient mal informés sur les USA ?

     

    Voici mon point de vue personnel.

    1/ Les USA sont un grand pays par sa superficie, sa population (6 fois la France), sa faible densité moyenne et sa diversité culturelle supérieure à celle de l’Europe, mais unifiée par la langue et la monnaie.

    Son histoire est courte. C’est une ex-colonie anglaise qui a peiné à obtenir son indépendance (1776- 13 colonies) face à un état, colonial, tenace, l’état anglais. Ensuite, il s’est agrandi progressivement vers l’ouest et le sud jusqu’à 50 états avec l’épisode « décolonial » de la guerre de Sécession en 1861/66 marquant sa stabilisation.

    De cette histoire résulte un fonctionnement local fort par 50 états et une « suspicion légitime » vis-à-vis de l’état central de Washington (éloignement-inefficacité-condescendance- …. ), caractéristiques très différents de la France créée par son Etat Royal avant notre Révolution et poursuivie par la République Française et ses extensions coloniales momentanées ensuite.

    De mon point de vue, les USA sont donc à comparer en complexité et diversité à l’Europe plus qu’à la France dans leur fonctionnement politique et économique actuel.

     2/ Et Trump (Donald) la dedans ?

    A ma grande surprise les US ont élu cet inconnu (pour moi au moins) en 2016. Un atout : chef d’entreprise, des risques : pas préparé ? pas du sérail, pas de vernis politique ni de cumul des mandats formateur ?

    Mais après avoir élu et ré-élu brillamment un Président Noir Barak Obama, première mondiale dans un pays occidental, vogue la galère de l’innovation !

     

    Qu’a fait D Trump pendant ces 4 ans ?

    Il a simplement réalisé son programme électoral !

    A/ dont 3 points de repli identiques à Obama, marquant durablement la politique des US :

    • Repli sur soi en politique extérieure initié et mis en œuvre par Obama (Prix Nobel de la Paix) : Afghanistan, Irak, Syrie, Afrique, Europe, …
    • Repli sur soi économique avec mise en œuvre du protectionnisme, là aussi initié fortement par Obama, pour donner du travail aux cols bleus de l’industrie (rust belt, …)
    • Replis sur soi énergétique en continuant, voir accentuant le développement des gaz de schistes initiés et largement développés par Obama (ce qui ne l’empêchait pas curieusement de signer les accords de Paris!)
    • Son originalité, son apport principal est d’avoir fortement réagi et agi en politique extérieure et commerciale en désignant la Chine comme adversaire du fait de son extension commerciale et politique agressive partout dans le Monde, soustendue, facilitée par un système totalitaire communiste bien connu de chacun.

     B/  dont 4 points spécifiques :

    • Mise en second de l’Ecologie par rapport à l’Economie (il sort des accords de Paris ce qui a moins d’effets qu’on croit vu son pouvoir limité en la matière : voir Obama)
    • Le contrôle vigoureux de l’immigration (finalement simple avance sur l’Europe de 2020 ?) mais il est loin d’avoir bouclé le mur annoncé au sud.
    • Un arrêt de la politique sociale « progressiste » en matière de « sécurité sociale à la Française » et d’extension des « libertés individuelles », contrebalancé par la quasi suppression du chômage jusqu’à la covid et l’arrosage de l’économie.
    • Une politique de grands travaux d’infrastructure pour développer l’économie locale, ce qu’il n’a pas eu besoin de faire suite au plein emploi obtenu rapidement.

    Il est clair que cette caractéristique forte –appliquer son programme électoral béni par l’élection présidentielle- doublée d’ une bonne réussite économique avant la covid a pu contrebalancer chez les Américains la personnalisation excessive de son poste, ses outrances fréquentes verbales et médiatiques, une possible incohérence de court terme (mais pas de long terme) et sa gestion chaotique de la crise de la covid, non prévue mais révélatrice du fonctionnement de chaque état et pouvoir politique. Bilan comparatif à faire en continu et à la fin (s’il y en a une !) au niveau Mondial !

    En tout cas, pour une bonne partie des Français habitués à voir leur candidat se faire élire sur un programme démagogique incohérent, échouer rapidement ensuite et faire carrément (sans en avoir l’air !) ½ tour pour adopter le programme de leur adversaire vaincu électoralement (F Mitterand 2 fois-F Hollande 1 fois), c’est un point mineur ainsi que pour leurs sources d’information.

    On comprend bien le curieux et furieux déchainement contre Trump d’une grande partie des média Français à qui il manque un minimum de respect du lecteur sur ces sujets.

     

    Et maintenant ?

     

    Attendons calmement les résultats finaux curieusement incertains pour un poste aussi important (vers un n-ième amendement de la Constitution à venir ?)

    Mais le poste n’est pas aussi important qu’il en a l’air pour moi.

    Soyons exigeant sur nos sources d’information en particulier sur les USA, plus différents de nous qu’on le croit,  et en particulier sur une forme de journalisme moutonnier, centré sur ses intérêts, et condescendant vis-à-vis d’une grande partie de la population par la grâce supposée de son immense culture et de sa supériorité intellectuelle héréditaires.

    N’oublions pas que chez nous, les électeurs de Trump auraient été les « sans-dents », les « gilets jaunes » initiaux, tous ces électeurs qualifiés aux USA de « déplorables » par Hilary Clinton à la veille de sa défaite, dont il est clair au vue de l’incertitude du scrutin que la Gauche, américaine au moins, n’a pas tiré de leçons.

    Sachant bien que, quel que soit l’élu,

    les changements, s’il y en a, seront dans la présentation plus que dans le fond !

    vue la complexité du Monde, son interpénétration importante (relativement irréversible ?), le poids des structures de fonctionnement physique (économie, industrie, commerce) et des différences de culture.

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°

    Comme réflexion complémentaire, boursicoteur depuis 40 ans, je ne crois pas que les Bourses mondiales, intégratrices et prévisionnistes par nature, changent leurs trajectoires, assez hésitantes à court terme pour cause de covid, mais tendanciellement croissantes même avec la contrainte Ecologique, suite à cette superbe élection supermédiatisée mais sans suspens sur ses effets.

     

    « Séparatisme, sécession, séditionLe virus est-il raciste ? »

  • Commentaires

    1
    Pierre M.
    Dimanche 8 Novembre 2020 à 11:45

    Globalement d’accord avec cette analyse, à quelques détails près.

     

    - Il n’y a pas que l’élection du Président qui est en jeu, il y a aussi celles des 2 chambres. Même si Trump avait été élu, avec un Sénat et une Chambre des Représentants de couleurs différentes, le Président n’aurait pas tous les pouvoirs. Et même la Cour Suprême, favorable à Trump, ne saurait s’affranchir des règles de droit. En ce sens les USA sont une vraie démocratie, avec trois pouvoirs bien séparés, ce qui n’est pas le cas de notre monarchie élective. Aujourd’hui le Conseil de Défense réuni autour de notre Président, fonctionne comme le Comité de Salut Public de jadis.

     

    - Il existe des cycles en économie comme en politique : après le libéralisme et ses excès, après l’universalisme, retour au nationalisme et au bilatéralisme. L’ONU et les organisations internationales ont le même destin que feue la SDN.

     

    - Trump, Johnson, Poutine, Modi, Bolsonaro, Erdogan, Xi Jinping… qui d’autre encore ? Qui chez nous ? Encore un cycle : on retrouve en plus soft (pour l’instant du moins) les führers, les duce, les caudillos, les conducators, les petits pères des peuples du siècle dernier. Tout ceci sur fond de cycles populistes : chez nous Boulanger,  Poujade…

     

    - L’agressivité de la Chine ? Pas plus agressive – plutôt moins -- que ne le furent les USA au temps où la CIA faisait et défaisait les gouvernements dans le monde entier (de l’Iran de Mossadegh au Chili d’Allende en passant par l’Indonésie de Sukarno). Ce qu’on appelle l’agressivité chinoise correspond surtout à un besoin vital dont on parle peu : la Chine possède le dixième des terres cultivables du monde pour nourrir vingtième de la population mondiale.

     

    - Toujours à propos du jugement qu’on porte sur la Chine : ce pays a mis 50 ans pour accomplir sa révolution économique alors que les pays occidentaux ont mis beaucoup de temps, quasiment deux siècles. Révolution qui s’est accomplie au prix de souffrances multiples (conditions des ouvriers, des enfants, des femmes au XIX siècle). Ce n’est pas pour lui donner l’absolution mais pour tenter  de comprendre.

     

    - Même si les préférences françaises ne font pas de doute, pour ce qui est de l’impact sur nous des résultats de l’élection, Trump ou Biden c’est bonnet blanc ou blanc bonnet (plutôt bonnet rouge et bleu bonnet). Peut-être un peu plus de considération des partenaires européens et pour le climat côté Biden.  

     

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