• Sommes-nous soumis à des ordres, à des croyances?

    par JEAN-PAUL

    9 mai 2021

     

    La difficulté première est de pouvoir définir un ordre. Le mot est bien sûr polysémique. Dans le cas qui nous intéresse, on pourrait le définir comme une organisation sociale qui a ses règles de fonctionnement. J‘utiliserai ce terme pour cela. On peut même rentrer dans les ordres lorsqu’on devient prêtre, moine ou religieuse. Il n’est ici pas question des trois ordres qui avaient cours avant et pendant la révolution française mais plutôt des ordres comme l’ordre des avocats, des pharmaciens etc et il n’est pas nécessaire qu’il soit nommé de la sorte: l’académie d’agriculture par exemple est pour moi un ordre mais on peut aussi utiliser ce terme pour désigner un système comme l’ordre mafieux. Je ne suis pas adepte de l’anarchie et pense que nous avons besoin d’ordres dans tous les sens du terme.

    Le problème avec tous ces ordres c’est qu’ils sont souvent dévoyés voire corrompus ayant uniquement un fonctionnement corporatif au pire sectaire. A travers l’histoire, comme dirait Idriss Aberkane toutes les idées géniales ou novatrices ont d’abord été ridiculisées ensuite combattues et souvent acceptées lorsqu’il n’y avait plus d’autre choix. Je prendrai quelques exemples qui me viennent à l’esprit. Il y a par exemple ce bon docteur Ignace Semmelweis qui voulait imposer le lavage des mains après la dissection d’un cadavre, avant d’effectuer un accouchement. Il fut méprisé, ridiculisé par ses pairs et ensuite accusé de maladie mentale avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Continuons par le père de la biologie, le célèbre moine Gregor Mendel préférant rater son examen de professeur plutôt que de renier ses idées et dont les lois ne furent acceptés qu’après sa mort. On peut trouver ce genre d’exemples par dizaines, par centaines. A chaque fois que des intérêts financiers sont en jeu, il y a manipulation.

    Il y a un domaine où les intérêts financiers sont importants, c’est celui de la santé. Prenons le cas du cancer. Des solutions alternatives de guérison existent et chaque fois qu’elles ont été proposées, elles ont été interdites. Citons par exemple deux médecins: l’Allemand Max Gerson dont les thérapies sont interdites dans la plupart des pays ou encore le Français André Gernez qui avait proposé un protocole au ministre de la santé de l’époque, qui lui avait répondu que son protocole allait augmenter l’espérance de vie et que cela coûterait trop cher aux finances publiques.

    On pourrait parler d’autres domaines comme la finance où tous les marchés sont manipulés. Le problème n’est pas tellement que les gens se trompent mais l’abus de pouvoir et chaque fois qu’il y a pouvoir, il y a abus de pouvoir.

    Les gens comme vous et moi croient à un ordre imaginaire comme le christianisme, la démocratie ou le capitalisme, et comment les amener à croire à cet ordre imaginaire? Nous sommes éduqués systématiquement, dès notre naissance, et soumis à des principes d’ordre imaginaires qui sont mis à toutes les sauces, intégrés aux contes de fées, aux drames, aux tableaux, aux chants, à la propagande politique, à l'architecture, aux recettes et aux modes. Toutes nos croyances, et tous nos systèmes de pensées comme d'organisation, sont en réalité le fruit de l'imagination collective et d'une histoire que l'on se raconte et à laquelle nous avons décidé de croire. Il en est ainsi des religions, des systèmes politiques ou économiques.

    Tout n'est qu'une fiction en laquelle nous croyons parce que l'être humain est sensible, génétiquement parlant, aux histoires. Quand j’étais enfant, la plupart des gens allaient à la messe le dimanche matin de manière mécanique et croyaient à des histoires comme la résurrection. Peu importent les croyances, du moment qu’elles n’imposent pas un ordre social. Peu me chaut que ma voisine croit que la terre est plate ou qu’elle croit en l’immaculée conception. Aujourd’hui par exemple, la plupart des gens font confiance à leur médecin de ville qui pourtant ne comprend rien ou pas grand-chose à la santé n’ayant appris que la maladie et à n’être qu’un petit soldat du lobby pharmaceutique. La plupart des gens croient que le lait est bon pour la santé parce que le lobby agricole et le lobby alimentaire leur ont raconté cette histoire. Tout se transmet par des histoires. J'ai passé ma vie à tenter désespérément de rentrer dans les cases conventionnelles que souhaite imposer la société. Lorsque j’ai pensé par moi-même et suis sorti de l’ordre établi, j’ai dû en payer un certain prix.

    Pourquoi est-ce que je considère cette idée de "fiction" comme aussi importante? Parce que pour qu'une société humaine fonctionne en relative harmonie il faut que les individus qui la composent croient, partagent et adhèrent à la même fiction, à la même histoire partagée. Ces histoires que l'on se raconte et qui nous conditionnent changent à travers les époques et les lieux, elles sont loin, très loin d'être identiques. L'importance portée aux enfants était très différente il y a à peine deux siècles quand la mortalité infantile atteignait des sommets. Les risques de mort étaient tels que l'investissement affectif était très différent de ce qu'il est aujourd'hui. C'est une réalité, glaçante peut-être, mais une réalité. Les droits de l'homme ou de la démocratie sont des fictions même si vous y croyez très fort. Vous avez été conditionnés à y croire et vous avez été conditionnés à être raisonnables, à faire vos études, à ne pas être "hors sujet" mais bien dans les clous, à ne pas dépasser des cadres, à chercher un travail, à garder votre travail, à être soumis à votre patron, à respecter les lois, à vous imposer une discipline souhaitée par la société, à penser comme tout le monde etc, etc... je pourrais multiplier les exemples à l'infini.

    Vouloir être "raisonnable" c'est accepter sa propre soumission à l'ensemble de ces fictions qui n'ont aucune réalité autre que l'ensemble de croyances. Politiquement cela a aussi une signification majeure. Un système de croyance en la fiction ne dure que tant que l'immense majorité adhère à la fiction. Or que se passe-t-il si vous prenez l'exemple du communisme et de l'effondrement de l'ex-URSS? A un moment donné plus personne ne croyait suffisamment fort à la fiction collective et tout s'est évaporé à une vitesse incroyable. Appliquez cela à la France et force est de constater que la fiction sur laquelle repose notre pays prend l'eau de toute part. Plus personne ne croit au "vivre-ensemble" ou encore à la richesse de la "diversité" ou du "multiculturalisme" et l'on voit poindre logiquement les tensions et donc à l'arrivée, la fin de la croyance à la fiction commune.

     

    « Brèves considérations sur l'artAprès un vingtième siècle américain, le vingt et unième sera-t-il chinois ? »

  • Commentaires

    1
    Pierre M.
    Mercredi 12 Mai à 18:18

    Même si l’on peut émettre certaines critiques à l’endroit du progrès technique et des aliénations qu’il génère, il est des secteurs qui forcent notre admiration. Il faut tout de même tirer son chapeau à notre système de santé et d’alimentation contemporain.

    Beaucoup d’entre nous lui doivent d’être toujours en vie et en relative bonne santé : qui à la médecine, qui à la chirurgie, tous à une alimentation globalement saine et équilibrée et à une hygiène améliorée.

    Qu’on imagine : en 1900, en France, l’espérance moyenne de vie à la naissance était de 48 ans, aujourd’hui elle avoisine 80 (79,8 pour les hommes, 85,7 pour les femmes en 2019). C’est surtout à la baisse de la mortalité infantile que l’on doit ce progrès considérable (encore 52% en 1950, moins de 4% aujourd’hui). Mais pas que.

     

    Dans une époque de surabondance de biens, il est de bon ton de se plaindre de tout, de la médecine, de l’alimentation, de l’environnement. Bien sûr rien n’est parfait. Par exemple pour la pollution parisienne. Etait-ce plus favorable au XIXe siècle ? On y mourrait de tétanos à cause du crottin de cheval, du choléra à cause de la pollution des eaux, de nombreuses maladies respiratoires à cause du chauffage au bois… Sans compter toutes ces maladies infectieuses qui n’étaient pas éradiquées par une vaccination (croup et ces autres « miasmes délétères » que désignait Littré). Sans remonter si loin, celles et ceux qui ont connu la dernière guerre et les quelques années qui ont suivi la Libération, se souviennent de la valeur, pas seulement monétaire, que représentait un œuf, un bol de lait, une tranche de jambon, une tartine beurrée… Les pathologies alimentaires étaient surtout dues à des carences ou à des états de conservation douteux. Aujourd’hui nous avons des coquetteries alimentaires de gavés, des pathologies d’excès.

     

    Le problème en matière d’alimentation et de santé humaine est que les êtres humains n’ont pas été « améliorés » (heureusement !) comme les animaux de rente ou d’agrément. Ceux-ci, sélectionnés, ont peu de variabilité génétique et réagissent de façon prévisible à l’ingestion d’aliments ou de traitements. Chaque être humain, au contraire, a sa propre idiosyncrasie, c’est-à-dire que sa réponse à l’aliment ou au médicament est très variable (il y a des maigres boulimiques et des obèses sans excès alimentaires) : il est plus difficile d’être médecin que véto !

     

    Ceci étant précisé, je suis en parfait accord avec les propos de Jean-Paul sur sa conception de l’ordre (ou des ordres). Il est naturel que l’être humain, en tant qu’animal social, puisse se reconnaître dans un système rassemblant un minimum de valeurs et de contraintes communes. Un « ordre ».  Cet ordre est contraignant, évolutif, pas toujours accepté de façon consensuelle. Et très réducteur (une sorte de PPCM). C’est le prix à payer pour vivre en société. Cela se fait sans doute au prix de sacrifices : les enfants-sauvages, s’ils existent, auraient conservé des capacités instinctives que nous avons perdues (vision, flair), mais souvent perdu définitivement des aptitudes dont nous disposons (bipédie, langage articulé).

    2
    Jean-Jacques
    Dimanche 23 Mai à 18:52

    Comme Jean-Pierre nous l'a montré hier (22 mai), depuis 1900 l'espérance de vie est passée de 48 à environ 83 ans. A cela deux causes majeures : la santé, notamment grâce aux vaccins, et l'alimentation, devenue en moyenne plus abondante et de meilleure qualité. Je ne vois donc pas pourquoi je me gâcherais la vie en supprimant de mon alimentation des choses que j'aime pointées comme "mauvaises" selon toi (le lait par exemple), pour les remplacer par d'autres que je n'aime pas mais que certains experts (ou gourous ?) disent bonnes pour la santé. Ce sont les excès qui sont mauvais, mais les excès en tout. Et il en va de même pour les vaccins : je me demande même pourquoi un raisonnement aussi simple que les statistiques et les probabilités concernant les maladies éradiquées, à la portée de tous, n'emporte pas la conviction de certains opposants. C'est tellement évident ! On a beaucoup plus de chances de mourir en ne faisant rien qu'en se faisant vacciner !

    Quant à la science, elle avance selon deux voies complémentaires : le doute généralisé, la remise en cause de ses certitudes, qui permettent d'ouvrir des voies nouvelles  en "sortant du cadre" (et ce n'est pas simplement quelques individus géniaux qui sont les moteurs de ces avancées même s'il y en a. Aujourd'hui plus que jamais, c'est le travail d'un groupe qui fait avancer la recherche, un individu seul n'y arriverait plus. Il ne faut donc pas penser, comme tu sembles le dire, que ce sont ceux qui ont des idées rejetées par leurs pairs qui sont des génies méconnus ostracisés au nom d'intérêts financiers ou de pouvoir.

    Pour ce que tu dis du "conditionnement", c'est vrai, mais tu insistes pour dire que c'est mauvais, qu'on est tous le jouet de forces ou d'ordres selon ton vocabulaire qui nous empêcheraient d'être nous-mêmes. Je crois surtout que c'est obligatoire : dès qu'il y a une interaction avec l'environnement, les parents, l'école, le milieu social, les autres, on est "conditionné", même si je trouve ce mot inapproprié. Comme le dit Pierre, si on ne veut pas l'être, il faut nous couper des autres, comme les éventuels "enfants sauvages", qui, à défaut d'être conditionnés par la société, le sont par les meutes d'animaux et ne peuvent acquérir le langage et la position debout.

    Pour finir, je te dirai que je ne comprends pas comment tu peux croire qu'un individu, aussi diplômé soit-il, aurait trouvé par miracle LE remède contre le cancer et qu'il aurait été ostracisé pour des raisons financières que tu donnes. Une percée majeure comme celle-ci n'aurait jamais pu être mise sous le boisseau pendant des dizaines d'années, surtout avec les moyens récents d'investigation qui ont fait sortir du bois des tas de choses en principe top secret. En plus, une avancée française comme ça aurait fait la fierté des pouvoirs publics. Je trouve que là, ton esprit critique a failli !!

    En toute amitié.

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