• Tenir ses promesses

    par Jean-Jacques Vollmer

     

    Promettre, c'est dire ce qu'on a l'intention de faire pour quelqu'un, ce quelqu'un pouvant être un autre mais aussi soi-même. C'est s'engager personnellement et même moralement à faire quelque chose pour autrui.

    Tenir une promesse, c'est faire ce qu'on a dit, c'est passer à l'acte, c'est transformer le discours en réalisation concrète.

    Mais tout n'est pas aussi simple. Il faut distinguer la promesse faite de bonne foi, et celle qu'on peut assimiler à un mensonge. Et bien sûr éliminer du statut de promesse tout ce qui vise à nuire à autrui.

    Promettre sans dire quand on agira, c'est ne rien promettre du tout, car on peut toujours repousser ce qu'on doit faire à un moment ultérieur, de manière sincère, mais aussi en étant parfaitement conscient de mentir.

    Revenir sur une promesse faite n'est pas interdit, mais cela nécessite de s'expliquer vis à vis de ceux à qui on l'a faite. On peut avoir surestimé la difficulté de l'acte à accomplir, en toute bonne foi. On peut aussi en avoir été pleinement conscient, simplement pour rassurer quelqu'un, pour résoudre un problème immédiat, sachant qu'on repousse ainsi à plus tard d'inévitables et nécessaires explications.

    Accomplir une promesse faite peut être difficile. Mais, dans la mesure où une promesse est un engagement, tout doit être fait pour qu'elle soit tenue, même si l'objet en est insignifiant.

    Une promesse ne doit jamais être faite qui ne puisse être tenue. Avant de promettre, il est donc nécessaire d'être prudent, de réfléchir aux conséquences pour soi et pour les autres, mais sans aller trop loin sous peine de ne jamais s'engager sur rien...

    Certains pensent que le discours est en soi une forme d'action. Combien d'entre nous, après avoir longuement parlé, estiment implicitement que le travail est à moitié fait !

    Tenir une promesse qu'on s'est faite à soi-même est en général beaucoup plus difficile que de tenir une promesse faite à autrui. Le respect de l'autre est plus motivant que le respect de soi. Par exemple, dire à ma voisine handicapée que j'irai demain faire ses courses, et les faire même s'il pleut, est plus facile que de me promettre de faire tous les jours un footing de 3 km, et le faire effectivement quel que soit le temps...

    Mais quand on a promis quelque chose, et qu'on l'a réalisé malgré les difficultés, quel bien-être vous saisit ! La joie d'avoir accompli une tâche peut-être difficile, d'avoir tenu bon malgré les obstacles, de voir le contentement des autres et de ressentir leur gratitude, bénéficier de leur confiance (enfin quelqu'un sur qui compter !), se sentir grandi vis à vis de soi-même et de son entourage, simplement par la mise en accord de ses paroles et de ses actes... !

    Faire du bien aux autres rend heureux, c'est un élément majeur d'une vie harmonieuse et de l'accomplissement de soi-même.

    « Quel avenir pour l'homme sur Terre ?L'ignorance stimule t-elle l'imaginaire ? »

  • Commentaires

    1
    charlotte
    Jeudi 26 Mars à 12:08

    … Et pourtant !

    Il faut parfois rompre la promesse que l'on a faite afin de rester fidèle à soi-même.

    Lorsque deux personnes s'unissent elles se promettent, solennellement ou non, de ne jamais se quitter, d'élever ensemble les enfants, de s'aider et de s'aimer  "pour  le meilleur et pour le pire". Chacun, en toute sincérité, s'engage à être fidèle à cette promesse en signant un contrat officiel ou tacite. Parfois, après quelques années  le couple se disloque pour des raisons multiples et variées.  La séparation est indispensable si l'équilibre de la famille est en danger. L'un ne peut plus aider l'autre lorsque ce dernier rend l'atmosphère toxique. A moins d'avoir l'esprit léger, une séparation est toujours douloureuse et la décision difficile à prendre car justement on garde souvent l'espoir que les choses peuvent redevenir comme avant, alors qu'on était heureux.  

    Être fidèle à soi-même, c'est garder intactes  la tendresse, l'estime que l'on a eues  l'un pour l'autre tant que le couple était uni. Être fidèle à soi-même c'est savoir se quitter sans se laisser envahir par la haine et le mépris.

    Il en va de même lorsqu'on s'engage dans un parti. Il faut savoir le quitter lorsqu'on s'aperçoit que les idées et actions de ce parti ne correspondent plus à ce pourquoi on s'était engagé.

    Être fidèle à soi-même, c'est rester en harmonie avec les promesses que l'on s'est faites, car, comme le dit Jean-Jacques, lorsqu'on promet à quelqu'un on se promet à soi-même. 

    Alors on peut poursuivre son chemin en paix avec soi et avec les autres.     

      • Marie Odile
        Samedi 28 Mars à 20:49

        Et où placer la frontière entre fidélité à soi-même et égoïsme?

    2
    charlotte
    Jeudi 2 Avril à 15:33

    Être fidèle à soi-même n'est pas chose confortable lorsque pour préserver son intégrité, ou se protéger et protéger ceux dont on a  la charge et sont en danger,  on quitte un partenaire, un parti. Cela demande beaucoup de  courage.

    On peut parler d'égoïsme, d'infidélité , lorsque par manque de persévérance, légèreté, on se défait de sa promesse.  

      • Marie Odile
        Samedi 4 Avril à 15:56

        C'est quand même un terrain délicat. Nous apprenons à nous connaître nous -mêmes tout au long de notre vie, et n'avons jamais fini de le faire. A l'occasion d'un évènement, d'une rencontre, d'une action, nous pouvons voir émerger un pan de notre personnalité que nous ignorions et qui nous granit (ou l'inverse ?). Et pourtant nous avons toujours la certitude d’être la même personne, il paraît même que nous construisons un récit intérieur, une sorte de relecture de notre vie, sans cesse, pour ressentir que cette personne que je suis est bien toujours une, mon Moi unique malgré l'évolution permanente. Alors la fidélité à soi-même, ça peut vouloir dire la fidélité à celui que je ne suis pas encore, mais que je sais devoir être. Et dans les liens avec les autres, ça peut devenir vraiment complexe parce que l'autre suit aussi son chemin, à sa manière à lui, et que ça peut diverger et mener à la rupture ou à la distanciation. Il s'agit exactement, comme l'a dit Charlotte, de préserver son intégrité.

        Je ne suis pas sûre qu'aujourd'hui où les séparations sont si fréquentes, elles aient toujours un enjeu aussi fondamental.

    3
    Vendredi 10 Avril à 23:07

    Parlons un peu de politique.

    Depuis le début de la cinquième République, bien peu de présidents ont vraiment accompli leurs promesse. De Gaule est arrivé pour sauver l'Algérie Française, on connait la suite. Mitterrand promettait de raser gratis, cela n'a pas pu se faire. Chirac devait éliminer la "fracture sociale", cela ne s'est pas fait. Sarkosy devait assure la sécurité, ça n'a pas été réusisi. Hollande devait compbattre la finance, il a bien fallu y renoncer. Ne sont "sauvés" que  Pompidou (au fait quelles promesse a-t-il faites dans sa campagne, sinon parler de continuité?) et Giscard, qui voulait moderniser la France et y a partiellement réussi (téléphone, centrales nucléaires, TGV.

    En fait, de Gaulle n'a jamais dit "Algérie Française", ou bien il l'a dit une petite fois. Son truc était ailleurs, re mettre la France dans le droit chemin. Mitterrand était, je pense sincère, mais il était ignare en économie. Chirac ne croyait certainement pas qu'il allait réparer la "fracture sociale", ses promesses n'étaient pas sincères. Sarkosy était plein de bonne volonté, mais il n'était visiblement pas à la hauteur de la tâche. Hollande a finalement tenu sa promesse d'aplatir la courbe du chômage, sauf qu'il pensait le faire en 18 mois, et qu'un quinquennet n'y a pas suffi.

    Quelquefois, un président réussit dans un domaine dont il n'avait pas parlé lors de sa campagne électorale. Je pense à Mitterrand, et à son amour de l'art, qui nous vaut maintenant des villes embellies (par exemple le Louvre, l'opéra Bastille, etc...), et  une industrie du tourisme prosère

    Je pense que les promesse électorales sont finalement beaucoup moins importantes que la valeur humaine du candidat. Plaise au ciel que nous n'ayons jamais un(e) président(e) aussi nul(le) que Trump ou Bolsonaro!

    4
    Pierre M.
    Mardi 14 Avril à 16:00

    Ce terme « promesse », d’origine latine, se compose de deux éléments. Le préfixe pro- signifie aussi bien « en avant » que « en  faveur », le second vient du substantif missio  (ou peut-être missum) qui signifie « envoi ». Qui dit envoi signifie qu’il y a donc deux parties prenantes : celui qui émet la promesse et celui qui en bénéficie ou qui en pâtit. Qui en pâtit, car le contenu de la promesse n’est pas toujours positif : que de fois n’avons-nous pas promis à nos enfants de sévir : les priver de dessert, de sortie, d’argent de poche, s’ils n’obéissaient pas (pas de fessée c’est théoriquement interdit aujourd’hui). Nous promettions mais nous tenions rarement cette promesse. Cela en résume toute la problématique.

     

    Parfois origine et destination sont les mêmes : on se promet à soi-même d’arrêter de fumer, de perdre du poids, de faire de l’exercice… Engagements pas souvent tenus non plus. Parfois aussi il y a double promesse, comme entre mère et fils dans cet émouvant roman de Romain Gary (La promesse de l’aube).

     

    Une promesse peut être désinvolte, une façon de se libérer de l’insistance de l’autre en lui laissant miroiter qu’on lui donnera satisfaction.  C’est fréquent chez les hommes politiques. Dans d’autres cas la procédure est codifiée et implique des sanctions en cas de non-respect (contrats, promesses de vente). Cette formalisation résulte souvent d’un écrit, mais, dans certaines civilisations de tradition orale, dans certains pays africains notamment, la parole donnée a plus d’importance que la signature au bas d’un papier. Il y a aussi dans la promesse une certaine solennité qui contribue à renforcer les liens sociaux et même à socialiser des individus : ainsi la fameuse « promesse » des louveteaux[1].

     

    Très souvent on se gausse des prometteurs et de leurs promesses (« les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent »). Pourtant, dans la mesure où il s’agit d’un pari sur un avenir incertain, il peut être impossible ou préjudiciable de tenir sa parole. Comme disait le fameux Edgar Faure à qui on reprochait ses virevoltes politiques : « ce n’est pas la girouette qui tourne c’est le vent ».

    Quand ce ne sont pas les promesses qui risquent  de n’être parfois que du vent. Comme l’écrivait Henri Bergson au début du chapitre II de son ouvrage de 1932 Les deux sources de la morale et de la religion :

    « la religion ne fait guère autre chose que promettre une extension et un redressement de la justice humaine par la justice divine ».



    [1] De mon temps les louveteaux étaient majoritairement SDF, ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient sans logis. Moi j’étais EDF, mais pas « allumé » pour autant.

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