• Trump et le libéralisme

     par Benoît DELCOURT

    le 11 janvier 2021

     

    L’attitude choquante de Trump sonnerait-elle la fin du libéralisme ?

    Ce libéralisme, dans sa version pure et dure, a commencé avec Reagan, le champion de la dérégulation. Il fallait libérer les personnes qui pouvaient le plus apporter à la société, et notamment baisser les taxes qui pesaient sur eux. Le problème, c’est que si cela a bien aidé des entreprises qui le méritaient, et a poussé un peu plus les gens à se remuer, cela a aussi favorisé des margoulins, qui eux, n’ont pas vraiment aidé le pays. Parmi ces margoulins, il y avait tous ces concepteurs des subprimes de 2008, véritables escrocs, et plus récemment Donald Trump, dont la feuille d’impôt n’a jamais pu être publiée, et pour cause.

    De plus cette dérégulation est arrivée au moment où naissait internet, qui a pu ainsi grandir sans aucune régulation. On en est arrivé aux « vérités alternatives », et à une crétinisation impressionnante d’une moitié du bon peuple américain, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat.

    La progression des présidents Américains du « GOP », Reagan, W.Bush, Trump, vers moins de règles est impressionnante. Il faut de façon urgente, selon moi, remettre des régulations, et notamment dans les « réseaux sociaux ». Par exemple punir sévèrement les « fake news », ce qui doit être finalement assez simple à faire en utilisant la justice (mais la justice aux USA laisse beaucoup à désirer). Et aussi s’occuper des plus pauvres, qui sont en ce moment bien trop livrés au bon vouloir des âmes charitables. Ce serait tout simplement la fin du libéralisme, au moins de celui qui ne veut aucune règle...

     

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  • Commentaires

    1
    Pierre M.
    Mercredi 13 Janvier à 18:38

    Fin du libéralisme ? Mais de quel libéralisme s’agit-il ?  Comment ne pas être libéral ? C‘est un peu un mot « fourre-tout » qui se décline différemment selon qu’on parle économie ou politique, qu’on se situe en deçà ou au-delà de l’Atlantique.

     

    En matière d’éthique économique et sociale (Christian Arnsperger), on peut distinguer plusieurs courants qui se rattachent peu ou prou à cette idée de base : défendre et promouvoir les droits individuels. Très sommairement on citera l’utilitarisme qui vise à « assurer le plus grand bonheur possible au plus grand nombre de personnes », le libertalisme qui met en avant la dignité humaine laquelle repose essentiellement sur le droit de propriété, le libéralisme égalitaire lequel insiste sur le « sens du juste » (John Rawls), le libéralisme communautaire qui lie les droits individuels à ceux de la communauté,…

    Toutes ces nuances du libéralisme  s’opposent souvent, notamment en ce qui concerne les relations entre les individus et les superstructures comme les pouvoirs politiques. Certains les rejettent, comme les « libertariens » américains, antiétatiques, alors que les « libéraux » américains, plutôt à gauche sur l’échiquier politique, sont partisans de l’intervention de l’Etat.

     

    Difficile donc de s’y retrouver, surtout si l’on y ajoute des distinctions politico-économiques : libéraux, néo-libéraux, ultra-libéraux.

    En fait le libéralisme que l’on dénonce chez Reagan, Thatcher et aujourd’hui Trump est un hybride : l’ordolibéralisme, mouvement de pensée d’origine allemande qui réclame un Etat fort pour créer un cadre dans lequel la libre concurrence des entreprises peut s’exercer sans encombre et sans frein. Les grands patrons et banquiers américains ne se faisaient sans doute pas d’illusion sur Trump, ils l’ont laissé faire ses pitreries en échange de ce qu’il leur apportait (baisse des impôts, autorisations d’exploitation des ressources naturelles, etc.).

     

    Cet ordolibéralisme qui nous a aussi contaminés continue à faire ses dégâts économiques, sociaux et environnementaux. Et montré son inefficience (voir la politique des chemins de fers de Thatcher, notre politique énergétique, etc.).

     

    Ces précisions sur le libéralisme étant faites, je suis entièrement d’accord avec Benoît. Mais il ne faut pas jeter tous les bébés qui sont dans le même bain.

    2
    Pierre M.
    Mardi 4 Mai à 14:27

    Antithèse de Donald Trump et de son « libéralisme », Sleepy Joe – Joe Biden l’endormi – serait plutôt un speedy Joe interventionniste. C’est assez extraordinaire ce qu’il a pu réaliser en 100 jours de mandat. Il nous montre la voie de sortie de crise.

    5000 milliards de dollars injectés dans l’économie américaine (presque le quart de son PIB !) en partie financés en faisant payer les riches (en remontant – légèrement – par exemple le taux marginal de taxation fédéral des impôts sur le revenu, ainsi que le taux d’imposition sur les bénéfices). Le reste, en toute connaissance de cause, augmentera le déficit et la dette publique. Ce qui n’est pas très grave dans un contexte actuel de faibles taux d’intérêts.

    Et ces dépenses ne sont pas de l’arrosage inutile puisque près de 2000 de ce total seront consacrés à investir dans des infrastructures vieillissantes, notamment les transports (routes, autoroutes, ponts), mais aussi dans la lutte contre le changement climatique (véhicules électriques par exemple). C’est le programme « Reconstruire mieux » (Build Back Better ou BBB). Presqu’autant, 1800 milliards, seront consacrés à la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté et les inégalités.

     

    A côté de cela l’Europe fait pâle figure, le plan de relance européen (Next generation EU) difficilement obtenu après d’âpres négociations entre Etats, ne s’élève qu’à 750 milliards d’euros (dont 40 pour la France), pour un PIB d’un peu plus de 14000 milliards, si on enlève le Royaume Uni. Tout juste un peu plus de 5 %, encore faut-il ajouter qu’une grande partie de ce dispositif sera constitué de prêts. Et surtout que personne n’a encore vu la couleur de ces euros.

     

    Il faut tout de même un peu modérer cette critique. D’une part il y a les aides nationales des Etats européens (ce « pognon de dingue » : 86 milliards déboursés en France en 2020). D’autre part, les USA avaient beaucoup de retard à rattraper sur l’Europe, et en particulier, pour ce qui concerne la politique éducative (écoles maternelles par exemple), sociale et les infrastructurelle.

     

    Les craintes qu’on pourrait avoir c’est que cette injection massive de monnaie, hors programmes d’investissements, ne se traduise un jour par une inflation massive. Ou par un nouveau krach boursier, si l’importante épargne accumulée s’investit dans la spéculation : l’indice du CAC40 n’a jamais été aussi haut depuis sa création.

     

    Il n’empêche, le nouveau président américain nous montre sans doute la voie d’un nouveau New Deal. Au lendemain de la crise de 2008 Paul Krugman, le fameux économiste nobélisé, en appelait justement à un retour aux politiques keynésiennes et ajoutait que « la vraie rareté dans le monde de Keynes – et dans le nôtre – n’est donc pas celle des ressources, ni même de la vertu, mais celle de l’entendement » (in. Pourquoi les crises reviennent toujours, 2009).

    Notre entendement est-il à la hauteur de ce qu’il faudrait entendre ?

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