• Réflexions sur le confinement

    par Jean-Paul Knorr

    Les plus âgés d’entre nous ont connu la guerre et l'occupation. J’ai eu la chance de ne pas connaître cette période sombre de notre histoire. Toutefois même si c’est moins grave, j’aurais connu la période du Covid-19 avec le confinement. On me demande de vivre comme un poisson rouge. Les poissons rouges n’ont jamais organisé de tournois de football ni de partouzes. Ils se contentent de tourner en rond mais n’ont guère d’autre choix. J’ai toujours pensé que l’on meurt peu à peu et non instantanément. Un jour on arrête de courir, un autre de baiser, un autre encore de faire la cuisine soit par fainéantise ou par diminution des facultés mentales. On meurt peu à peu à mesure de perdre ses facultés ou de refuser de les utiliser et pourtant même à 80 ans on pourrait courir sur 5 m, avoir des saillies même de courte durée, se forcer à se tenir debout devant une cuisinière.

    On nous enjoint de rester assis sur une chaise et de ruminer alors que nous ne sommes pas des ruminants. Au contraire, nous avons besoin de bouger car vivre c’est courir et mettre en branle son système lymphatique sinon nous finirons comme des poubelles, nous allons être malades et mourir. Pourtant certains choisissent de se confiner volontairement en passant le dimanche quatre heures à table au lieu d’arpenter la forêt, oubliant les règles élémentaires d’une bonne hygiène de vie. Dans mon confinement, j’utilise quotidiennement mon mini-trampoline mais un système lymphatique en bon état ne suffit pas. Nous avons aussi besoin de soleil, d’oxygène et de vitamine D issue de l’exposition au soleil. Certains se contentent d’être des consommateurs et peuvent passer leur journée devant leur poste de télévision, d’autres ont besoin de produire et de créer. Pour cela ils ont souvent besoin de sortir de chez eux pour chercher de l’inspiration et des matériaux. Il va sans dire que cette dernière disposition est la plus profitable pour la santé mentale. Etre privé de liberté, c’est comme être privé de sexe, cela engendre des frustrations et des névroses. Il y a des êtres asexués pour qui ce confinement ne change rien, il n’en est pas de même des sujets atteints de satyriasis et de nymphomanie pour qui la période actuelle est un supplice faute de pouvoir rencontrer des partenaires. L’absence de liberté et de mouvements est par contre préjudiciable à la plupart d’entre nous ; le châtiment réservé à ceux qui ont fauté est justement la prison, bien plus difficile à supporter que les travaux d’intérêt collectif.

    Non seulement on nous impose de vivre dans un bocal mais en plus toute vie par procuration est retirée. La vie s’est arrêtée, plus rien ne se passe. Plus de football, de jeux olympiques, de festival de Cannes. Nous ne pouvons plus vibrer pour notre équipe ni avoir d’aventures extraconjugales par vedette interposée. Comme chantait Léo Ferré, on se sent floué par toutes ces années perdues. Ce sentiment est exacerbé lorsqu’on atteint un certain âge. Nous savons bien qu’il ne nous reste plus tellement d’années à vivre et vivre c’est tout ce qui a été écrit dans ce court texte et bien plus encore.

    Ce confinement a toutefois aussi des avantages. Enfin tous les fast-foods, les restaurants et les salons de thé avec pâtisserie sont fermés, ce qui ne peut qu’être bénéfique pour la santé physique et mentale de mes compatriotes. Rappelons qu’après le siège de la commune de Paris 1870-1871, toutes les maladies liées au surpoids comme le diabète de type 2 avaient disparu.

     

    « L'ignorance stimule t-elle l'imaginaire ?La revanche de Gaïa »

  • Commentaires

    1
    charlotte
    Mercredi 8 Avril à 15:17

    Merci Jean-Paul de nous livrer avec autant de sincérité tes impressions, troubles et  angoisses à vivre cet enfermement. Tu te compares aux poissons rouges qui tournent en rond dan leur bocal et soudain nous fixent, bouche bée et muette : tu appelles au secours ? Mais non, Jean-Paul, on ne nous enjoint pas "à rester assis sur une chaise" comme tu le dis. Tu as, je crois,  la chance de vivre près d'un bois. Si tu as un jardin, par ce beau temps,  tu peux planter des choux… 

    Mais je m'arrêterai sur ce terme "satyriasis" que tu emploies. Il évoque ces effrayants personnages de la mythologie grecque qui hantaient les forêts à la recherche de leurs proies. Ces êtres ithyphalliques, aux regards inquiétants, ont parcouru les contes pour enfants - "Le petit Poucet", "Le petit chaperon rouge"… - les jeunes filles enfermées dans les couvents s'avertissaient entre elles du danger, par des chansonnettes farcies de contre pétries - Il court, il court le furet  du bois joli - Tous ceux-là, je veux parler des prédateurs,  sont les Emile Louis, les Fourniret, et autres Gabriel Matzneff qui tiennent, pour celui-là,  des discours spécieux et scandaleux. Ces monstres ne sont pas à la recherche de partenaires consentant à partager leurs jeux érotiques  : les fillettes, les petits garçons, les femmes sont pour eux des proies qu'ils consomment et laissent déchirés aux abord de leur vie...  quand ils ne tuent pas. 

     Il est vrai que la misère sexuelle engendre des névroses chez des êtres isolés qui méritent sans doute compassion. Mais, faisons le tri et lorsqu'il s'agit d'obsédés, de cinglés…  de satyre, fuyons ! Ou confinons-les.

    Tout est toujours question de vocabulaire lorsqu'on veut éviter les malentendus.       

     

     

    2
    Pierre M.
    Jeudi 9 Avril à 10:17

    Il y a parfois de l’obscénité dans l’ironie : « après le siège de la commune de Paris 1870-1871, toutes les maladies liées au surpoids comme le diabète de type 2 avaient disparu ». Oserait-on en dire autant pour les Parisiens en 1945, pour les prisonniers de retour des stalags, des oflags, pour les déportés revenus des camps de concentration ? Ce n’est pas parce qu’un quart de siècle sépare les deux événements qu’ils sont moins dramatiques. Et moins dignes de retenue et de compassion.

     

    Sortis d’un long siège de six mois qui les avaient affamés, les Parisiens, qui voulaient néanmoins continuer à se battre contre les Prussiens, se sont fait massacrer par les troupes du gouvernement légal qui avait capitulé et s’était replié à Versailles. Sous les yeux bienveillants de troupes d’un Bismarck, trop heureux de donner à son peuple un exemple de ce qui pourrait arriver si la « racaille » avait des velléités de révolte. Ceux qui n’étaient pas morts, fusillés sans jugement (notamment tout près d’ici à Satory), déportés en Nouvelle Calédonie, ne devaient sans doute pas être en surpoids !

     

    Le fait générateur de la Commune fut la décision de Thiers, en mars 1971 de s’emparer des canons de la Garde nationale de Paris – canons payés des deniers des Parisiens – afin de couper court à tout acte de résistance contre les Prussiens.

    Résistance / Collaboration, 17 mars 1871 / 18 juin 1940 : à soixante-dix ans d’intervalle l’Histoire ne se répète pas, elle bégaie.

    Et les pauvres seront toujours les premières victimes des carences alimentaires.

      • Jeudi 9 Avril à 13:32

        Il n'y avait aucune ironie dans ces propos. Ce que je dis, je l'avais aussi lu dans le livre de Michael Greger dans le chapitre consacré à l'hypertension. Michael Greger n'a certainement pas une grande connaissance de cette histoire française. Si on ne peut plus dire ce genre de choses, on ne peut plus dire grand chose. On pourrait aussi pu dire que le cancer et les dépressions avaient totalement disparu des camps de concentration et il est vrai que ce n'est pas du politiquement correct de dire ce genre de choses. Je viens de dire à Charlotte que quelqu'un de pointilleux ou de coincé aurait pu s'indigner des propos sur le satyriasis et la nymphomanie en disant que c'est scandaleux de se lamenter sur le sort de ces personnes alors des personnes meurent à l'hôpital. Mon texte ne décrit nullement la réalité mais est avant tout un exercice de style et je ne souffre nullement du confinement puisque je vais dans la forêt et au jardin. Il est vrai que je pratique le mélange des genres en y mettant des phrases tout à fait sérieuses. Les humoristes sont au repos forcé en ce moment et cela m'aurait intéressé de savoir ce qu'un humoriste comme Gaspart Proust aurait pu dire du confinement. Entendre Laurent Gerra ou Nicolas Canteloup n'a évidemment aucun intérêt tellement c'est affligeant. 

    3
    charlotte
    Jeudi 9 Avril à 13:05

    Toujours en ce qui concerne les malheureux que le confinement prive de sexe, dans les villes et à la campagne, c'est plein de maisons closes ...

    j'ai honte de ma blague ! 

    4
    Jeudi 9 Avril à 19:16

    D'abord, je pense que tu utilises les mots "satyriasis" et "nymphomanie" comme si c'était une simple exacerbation du désir sexuel chez des personnes privées de sexe, par exemple en raison d'un confinement ou d'un enfermement quel qu'il soit. En fait, ce sont des maladies comportant un aspect physique (comme le priapisme chez l'homme) et un aspect mental se traduisant par l'impossibilité de résister pour ne pas passer à l'acte.

    Pour le fond de ton billet, le confinement obligatoire imposé par l'épidémie, je ne vois pas bien ce que tu penses. Ce serait une invention du gouvernement aidé par des pseudo experts, dont on n'a que faire, et qui simplement entraveraient notre liberté ? Ou bien c'est nécessaire, mais cela est juste bien embêtant ?

    Enfin, je comprends que pour toi vivre c'est faire du sport, avoir des relations sexuelles, et faire la cuisine ? Hum, je trouve ça un peu bref, même si on peut le traduire par avoir une hygiène de vie qui nous permet de vivre longtemps en bonne santé. Tu oublies plein de choses qui constituent une vie bien remplie...

    5
    Pierre M.
    Vendredi 10 Avril à 15:45

    « Il est interdit d’interdire ».

    Je ne suis partisan d’aucune censure, déteste le politiquement correct et admet que d’autres que moi puissent avoir d’autres valeurs. Par exemple -- nous en avons déjà discuté --  j’admets que les Chinois ou les Russes qui n’ont jamais connu que des pouvoirs forts et centralisés, puissent avoir une autre conception que nous de la démocratie. A condition bien sûr de ne pas vouloir nous l’imposer. A condition aussi que nous ne voulions pas leur imposer la nôtre.

     

    Au sein d’un même peuple on peut avoir aussi des échelles de valeurs différentes, pas au point qu’elles perturbent notre « vivre ensemble ». Dans la controverse qui nous oppose ici, en toute amitié je l’espère, c’est aussi une question de valeurs qui nous oppose.

     

    Je ne pense pas qu’on puisse peser sur une même balance de valeurs la disparition du cancer, des dépressions et de l’hypertension dans les camps de concentration d’un côté, et de l’autre les massacres que l’on sait. As-tu lu Primo Levi ?

    L’allusion à la Commune de 1871 m’avait fait bondir : d’un côté diabète (de type 2, je ne sais même pas ce que c’est ; et tu aurais pu ajouter disparition du tétanos, tous les chevaux ayant été mangés pendant le siège de Paris) ; de l’autre famine et massacres.

     

    Peut-être ai-je tort : je ne préoccupe qu’assez peu de mon hypertension chronique (de type je ne sais quoi, mais je prends les médocs du toubib) et de mon surpoids. Je ne scrute pas la composition des aliments que je mange, trop heureux de manger à ma faim, ce qui n’est pas le cas de tous.

    Et je suis un peu inquiet de notre nombrilisme de nantis, confinés dans des conditions bien moins sévères que celles que j’ai connues enfant pendant la guerre, qui nous fait oublier qu’il y a des drames d’une toute autre ampleur qui ont lieu aujourd’hui au Moyen-Orient.

    Miracle du Covid ? « Tout baigne » maintenant là-bas ?

     

    Peut-être un jour prochain, de brillants analystes pèseront à leur tour, à l’aune de leurs propres valeurs, les « bienfaits » de l’actuelle pandémie : moins d’émissions de GES, moins de consommation de ressources rares, développement des solidarités, remise en question de la hiérarchie des valeurs humaines et – avec un peu de chance – des modèles politiques, économiques et financiers.

    Sans compter que cette foutue réforme des retraites, mal goupillée, va passer aux oubliettes de l’histoire et que l’aéroport de Paris ne sera pas privatisé.

    De quoi se plaint le peuple ?

     

     

     

     

      • Pierre M.
        Vendredi 10 Avril à 15:58

        Je me réponds à moi-même pour ajouter une chose que j’avais oubliée.

        Ne penses-tu pas qu’il y en a certains qui doivent se marrer doucement à nous voir tous masqués, alors qu’on avait prohibé le port du voile pour les femmes.

        Maintenant même les bonshommes devront être voilés !!!

    6
    Vendredi 10 Avril à 17:43

    Pour répondre à Jean-Jacques, j'ai dit ce que je pensais du confinement dans mon deuxième texte qui n'a pas été mis sur le blog pour le moment. C'est un mal nécessaire et j'aurais pris les mêmes décisions. Pour des raisons économiques principalement, on ne peut pas y rester trop longtemps. J'ai lu dans un magazine allemand, un épidémiologiste nous dire qu'il n'y avait aucune raison de paniquer devant le Covid-19. Il ne tue que 1% à 2% des personnes infectées. Les personnes qui meurent sont soit très âgées soit obèses dans 95% des cas, pour les 5% restants, certains étaient déjà atteints par d'autres pathologies. On pourra toujours dire que les personnes très âgées ou obèses avaient encore le droit de vivre quelques années. Malheureusement tout cela a un coût. Je crains un désastre économique pour les mois qui viennent. Combien de personnes vont se suicider parce que leur entreprise aura fait faillite ou parce qu'ils se retrouvent dans la misère.

    Vivre pour moi c'est vivre en bonne santé, ne serait-ce pour ne pas être un fardeau pour ses proches et la collectivité.

      • Pierre M.
        Mardi 14 Avril à 18:05

        Dommage qu'il n'y ait pas de cocotiers en France. 

        Chaque année on demanderait à la population de monter aux cocotiers. Les "personnes très âgées ou obèses", ces "fardeaux pour (les) proches et la collectivité" seraient ainsi éliminées. Ce serait moins radical, moins aléatoire que le Covid-19. Et tout bénéf pour les finances publiques.

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